mercredi 22 octobre 2014

Convention Cocyclics 2014

Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion :

1- de se prendre un week-end de 3 jours à la campagne avec 20°C au soleil de mi-octobre.
2- de côtoyer pendant 48 heures une cinquantaine d'auteurs, de tous âges, sexes et venant de toute la France.
3- de se trouver immergé dans un monde où on ne parle que SFFF, écriture, cinéma, séries TV, littérature...
4- d'avoir les trois premiers en un !

C'est pourtant ce que je viens de vivre, pas plus tard que le week-end dernier. 
Ce moment magique répond au nom de "Convention Cocyclics 2014".

 C'est ici, au domaine de Bois Gérard, que ça s'est passé.

Pour celles et ceux qui débarqueraient sur ce blog (bonjour à vous, soyez les bienvenus ! ) je suis inscrit sur le forum Cocyclics depuis un peu moins d'un an. Ce collectif d'auteurs et lecteurs d'aider les écrivaillons en herbe à développer leur talent, par un système d'entraide et d'échange. Lise Syven, une des fondatrices de Cocyclics, décrit ce système comme "une utopie qui marche". Ça non plus, ça ne se voit pas tous les jours.

Quand on est sur ce gigantesque forum, on y croise des centaines de pseudos. On échange, on apprend à s'y connaître, des affinités se créent. Alors, le jour où on a l'occasion de voir en vrai toutes ces personnes, c'est forcément un grand moment, inoubliable. On découvre également d'autres gens, moins présents sur le forum, ou avec lesquels on n'a pas encore eu le plaisir d'échanger. On chercher à le prolonger, en se couchant à des heures indues, au mépris de son quota de sommeil nécessaire. Ce qui n'empêche que le temps file trop vite, que la fin semble beaucoup trop proche du début.


Je ne vous raconterai pas ici le détail des activités de ce week-end, car oui, nous avons - un peu - travaillé quand même. C'est dans les pages du blog de Cocyclics, Tintamar(r)e, que vous lirez sous peu ce récapitulatif. Vous pouvez d'ailleurs vous y rendre de suite, et lire les captivants articles que l'équipe a déjà rédigé, ça se passe par ici.

Ce que je voulais simplement dire, c'est que j'ai adoré participer à ma première convention. C'était un moment hors du temps et de l'espace, à quelques milliers d'années lumière du quotidien. Une de ces expériences qui font croire à la magie, se dire qu'on aimerait que ce soit tous les jours comme ça. Le genre d'évènement qui remotive les auteurs, leur redonne confiance et énergie pour écrire davantage d'histoires.

On pourrait penser que c'est l'expérience d'une vie. Mais en ce qui me concerne, c'est l'expérience d'une année. Car l'an prochain, quoi qu'il arrive, j'y retourne !

Encore un énorme merci à toutes les grenouilles qui ont rendu cet évènement possible !


dimanche 12 octobre 2014

Bien écrire ne suffit pas.

C'est hélas une vérité avec laquelle les auteurs, surtout les amateurs peu connus, doivent composer.

J'ai récemment jeté un œil rapide à la liste des best-sellers actuels dans notre cher pays. 
Rien ne me surprit moins que d'y trouver "merci pour ce moment" de V. Trierweiler qui a défrayé la chronique. Je n'irai pas gaspiller mon argent à en faire l'acquisition, d'autant que le thème abordé par l'auteur ne suscite guère mon intérêt, mais j'ai pu en lire quelques extraits dans les inrock et autres publications.

Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est bien écrit. C'est du français, grammaticalement et orthographiquement correct, mais c'est à peu près tout.

Ce qui n'empêche que l'ex première Dame a signé un premier tirage à 200.000 exemplaire (équivalent à ce que signerait Amélie Nothomb) et a déjà vendu je ne sais combien des milliers de son livre.



N'en déduisez toutefois pas que bien écrire est un obstacle au succès ! Déduisez-en plutôt que le succès d'un livre en librairie tient à plusieurs paramètres, mais essentiellement à son thème. 
C'est même cette notion de thème qui vous permettra, si vous êtes un illustre inconnu, de pousser la porte des maisons d'édition.

Même avec un style digne d'Alain Damasio, si vous racontez une histoire qui n'est pas susceptible de captiver les foules, vous obtiendrez un refus. Sans doute poli et argumenté, peut-être même élogieux quant à vos capacités à manier la langue de Molière, mais un refus quand même.

Or, nous autres auteurs aimons disserter de ce qui nous plait, sans tenir compte à aucun moment de ce genre de considération bassement matérielles et "marketing", comme ils disent. Vous savez, ces gens qui savent ce qui se vend ou ne se vend pas, qui font la pluie et le beau temps des rayonnages de la FNAC. 
Eux, ils savent.


Nous, soit on ne sait pas, soit on s'en contrefiche. Mais pour être honnête, la plupart du temps, on ne sait pas. 
Donc, si vous écrivez avec le même talent que Damasio, mais que vous racontez la rencontre inopinée d'une chaussette trouée et d'une parie de mitaines lors d'un matin d'hiver enneigé, il est assez peu probable qu'un éditeur vous déclare sa flamme. En revanche, si vous avez la chance d'être une ex première dame de France et d'avoir envie de régler vos comptes avec votre président d'ex compagnon, vous pouvez bien ne connaitre qu'une centaine de mots de la langue française, les éditeurs seront prêts à se tirer dessus pour vous faire signer un Bon À Tirer. (Je précise que V. Trierweiler semble connaître plus qu'une centaine de mots de notre langue, ceci n'est pas une attaque contre elle.)

Comment fait-on quand on écrit un roman pour s'assurer de sa qualité ? Dans un monde parfait, on l'envoie à des gens férus de lettre, des dévoreurs de romans, peut-être même des auteurs. Ils vont vous dire tout ce qu'il y à a dire sur votre style, vos arcs narratifs, la profondeur de vos personnages, la puissance de vos dialogues, la taille de vos chapitres, la fluidité de votre synopsis. Ils vont vous aider de manière considérable à parfaire votre roman.
Mais il est très peu probable qu'un d'eux vous dise, d'un ton gêné : "tu sais, ton histoire de chaussette et de mitaine, je ne sais pas bien qui aura envie d'acheter ça."
Probablement parce qu'ils ne pensent pas à cette dimension là. Peut-être même parce que votre chaussette trouée est si émouvante quand elle raconte sa vie aux pieds de ce vieil homme que ça leur a arraché une petite larme. 
N'empêche que l'éditeur, lui, aura un autre regard. Votre style lui importera moins que la possibilité de vendre votre roman. Il ne se verra probablement pas pondre un 4 de couv' disant "Le matin de la mort de Fernand, Ginette la chaussette et Germaine la mitaine, qui se sont tant et tant de fois côtoyées, peuvent enfin se parler. Débute alors une prodigieuse histoire d'amitié au coeur d'un hiver enneigé, tandis que les deux vieilles dames, déjà usées par le temps et les années, sont emmenées sans ménagement chez Emmaüs. Survivront-elles à cette nouvelle condition ?"



Ce qui est dommage, c'est que personne d'autre ne vous le dira. Vous le découvrirez à force de refus, polis et parfois même argumentés. Mais au bout du trentième, vous en viendrez quand même à considérer que ces éditeurs sont des gens bizarres, puisqu'ils encensent votre plume mais ne veulent pas de votre livre !

Je précise ici que je n'ai jamais été investi dans la bêta-lecture d'un roman que j'estime génial mais invendable. Mais il se pourrait que ça vous soit arrivé, à vous. Ou que cela vous arrive un jour.
Si c'est le cas, soyez gentils : expliquez à votre ami(e) auteur(e) que vous ne percevez pas tout à fait le potentiel commercial de son œuvre. Il ou elle en fera ce qu'il ou elle voudra, mais au moins, vous lui aurez peut-être évité une cruelle désillusion :)
En tout cas, c'est un service que j'aimerais qu'on me rende !


samedi 11 octobre 2014

Challenge Francofou : Fortune cookies par Silène Edgar



Ce nouvel article s'inscrit dans le cadre du challenge Francofou, qui me donne l'occasion de faire la promotion des romans de SFFF francophone qui m'ont plu. 
N'hésitez pas à vous rendre sur leur site pour en savoir plus.


Je vais donc vous parler aujourd'hui de Fortune Cookies, brillamment écrit par Silène Edgar.
Ma chérie l'avait lu avant moi, et elle avait beaucoup aimé. Elle n'est pas rentrée dans les détails, à ma demande d'ailleurs ;)


À mon tour je l'ai lu, et avec le recul, je peux affirmer que c'est un de mes coups de cœur de l'année. 
 Fortune cookies est un roman qui se laisse dévorer tout seul. En terme de format on est proche des petites friandises que nous offre Amélie Nothomb, mais en terme de contenu on est sur tout autre chose. 
J'ai adoré la façon dont Silène nous introduit ce personnage du quotidien, tout ce qu'il y a de simple et normal de prime abord et qui peu à peu va se révéler, se dévoiler et nous offrir ses trésors. C'est clairement Blanche qui porte le récit à bout de bras, et avec une déconcertante facilité. Elle nous embarque sur son petit radeau qui dérive sur l'océan de sa vie, apparemment calme. Jusqu'à ce que les éléments s'animent, que la tempête se mette à gronder et se rapproche. 
Là, par la magie de l'auteur, le petit radeau devient une arche, et on embarque à bord sans s'en apercevoir. Parce que Blanche, c'est un peu chacun de nous. Je ne suis pas mère de famille, je ne suis même pas une femme ! Mais je la comprend, je partage avec Blanche ce passé agité, rêveur et protestataire qui se mue en quotidien calme, anesthésié par la vie. Je me dis que je pourrais faire comme elle dans la même situation. Le récit prend aux tripes, avec un style fluide et d'une rare efficacité, composé de mots qui tombent justes au bon moment. On ne voit pas les pages défiler, on pourrait en lire le double, le triple... 



Et voilà cette fin. Cette fameuse fin que ma chérie m'a décrite comme "frustrante". Assurément, oui, elle l'est. Mais en même temps, c'est la fin qu'il fallait pour un roman comme celui-ci, je pense que je n'aurais pas accepté d'en lire une autre. 
Enfin, la trame narrative est superbement bien trouvée. On oscille entre le monde "d'avant" et le monde "d'après" en permanence, et peu à peu on recolle les morceaux. Diablement efficace !
Le gros plus de ce roman, c'est que Silène crée ainsi une réalité alternative qu'il serait tout à fait possible de réutiliser. Quand j'ai eu fini ma lecture, j'avais plein de questions dans la tête sur ce qui s'est passé, pourquoi, comment, toutes ces zones d'ombre qui restent dans les profondeurs des ténèbres, tout simplement parce que Blanche n'arrive pas à les percer. Du coup j'espère bien que Silène Edgar a prévu de réutiliser cet excellent univers, effrayant car crédible.

Juste un détail (ATTENTION SPOILER !) :
l'histoire du cours du pétrole qui grimpe en deux jours à 2000 dollars le baril. Il se trouve que je suis les marchés depuis pas mal d'années, je me suis amusé à analyser les krach boursiers, leurs causes, leurs conséquences et leurs différents visages. Un cours qui se multiplierait par 20 en 2 jours me semble tout bonnement surréaliste. Qu'il double en deux jours, et que dans le même temps l'Euro s'effondre, accentuant la montée du prix à la pompe, ça oui je peux le concevoir. Disons que le prix se trouverait alors multiplié par 4, grand maximum. Après, les choses peuvent continuer à empirer, cela va sans dire. Cela dit, c'est accessoire, ça fait partie d'un ensemble d'événements qui, pour le coup, sont parfaitement crédibles, donc pas de souci majeur.

En bref : à lire d'urgence !

Silène est également auteure d'une trilogie d'anticipation post-apocalyptique pour la jeunesse : La trilogie de Moana. Le premier volume, La Saveur des figues, paraît en 2010, puis Le Bateau vagabond, en octobre 2011 et À la source des nuages, paru en novembre 2013.


Elle est aussi co-auteur avec Paul Beorn de 14-14, roman jeunesse qui a reçu le prix Gulli 2014.
Dernièrement, Silène a sorti Féélures, un texte burlesque sur les fées de Brocéliande, avec quelques considérations politiques, philosophiques et psychologiques qui se mêlent aux jeux de mots les plus féelés qu'elle a pu trouver.


jeudi 9 octobre 2014

Challenge Francofou : Les Derniers Parfaits (Paul Beorn)



Celles et ceux qui suivent ce blog régulièrement commencent à le savoir : je soutiens autant que je le peux la diffusion et la reconnaissance de la SFFF francophone. Je pourrai vous citer des dizaines de raisons pour ça, mais je ne vous en donnerai qu'une : parce qu'elle le vaut bien !
Le challenge Francofou s'inscrit dans cette optique : parler de livres de SFFF francophone et donner envie à d'autres de les lire. N'hésitez pas à vous rendre sur leur site pour en savoir plus.

Je vais profiter de cette initiative pour vous parler d'un roman que j'ai beacuoup aimé et qui m'a mis une bonne petite claque : Les Derniers Parfaits de Paul Beorn.




Quatrième de couverture :
Dans le royaume de France ravagé par la guerre contre les légions catharis d’Occitania, Cristo, un soldat prisonnier, échappe à ses geôliers enchaîné à trois compagnons d’infortune. Les quatre fuyards que tout oppose doivent s'entraider pour survivre, contraints de se cacher puis d'emprunter les chemins de traverse. Commence alors pour eux une haletante course-poursuite à travers un pays ennemi dominé par des démons et vivant sous le joug d’une Église catharis fanatisée. Ici, dans les vestiges d'un antique Empire disparu, une magie ancienne continue de survivre dans des talismans et d'immenses tours-statues. Au coeur des forêts profondes et des montagnes déchiquetées des terres occitanes, pris dans le fracas des combats, Cristo et ses compagnons prendront conscience de porter en eux un pouvoir insoupçonné. Ils verront leur destin basculer et le monde trembler sous leurs pas.



Au début, j'étais surtout intrigué par le titre de l'oeuvre. Je ne parvenais pas du tout à comprendre à quoi il renvoyait, ce qui pouvait se cacher derrière. Alors, je me suis décidé à le lire, intrigué.
Très vite, je me suis laissé happer par l'histoire. Contrairement à ce que prétend le 4ème de couverture, Cristo n'est pas soldat. Mais je ne peux pas vous en dire beaucoup plus, car un des grands intérêts de ce roman réside dans la découverte, pas à pas, de ses protagonistes. Tous quatre sont attachés par une chaîne que rien ne semble pouvoir détruire. Ils sont donc obligés de faire front commun pour trouver une solution à leur problème, malgré leurs différences et parfois leurs divergences d'opinion. 

L'histoire démarre de manière originale et nous entraîne, petit à petit, dans la découverte d'un monde riche et complexe, mais facile à assimiler pour le lecteur. Beorn a choisi un cadre uchronique, dans lequel il a incorporé de nombreux éléments. En particulier la magie ! 
Sans entrer dans les détails, toujours pour ne pas vous gâcher la découverte, celle-ci est très présente sans jamais être étouffante. Il y a plusieurs sortes de magie, qui sont utilisées au fil du roman avec une grande finesse. On enchaîne les découvertes, les révélations, et très vite, on est emporté par le roman, son souffle épique, l'aventure qui s'échappe des pages pour s'installer devant notre Troisième Oeil, celui du lecteur qui visualise le décor que l'auteur a planté.

La montée en tension est progressive, l'univers s'étoffe et nos quatre personnages se révèlent, riches et fouillés. L'épisode des "maisons de jeunesse" est un des moments les plus forts du roman. Beorn sait nous les décrire de l'extérieur comme de l'intérieur et ce qui s'y passe ne pourra pas vous laisser insensible.

Je pourrai vous parler de ce roman pendant longtemps, mais je finirai par en dire trop. Il vaut mieux vous dire que c'est un pur roman de fantasy, très bien écrit, dans lequel on se plonge avec plaisir et dont on ressort avec des images et des souvenirs pleins la tête. Le climat est parfois sombre, mais il y a toujours une lueur d'espoir.
Et mention spéciale pour un lacet et un lionceau.

Dernier détail : quand j'ai lu ce roman, il n'existait que dans son édition initiale, grand format... Avec une police de caractère bien trop petite ! 
Depuis, et fort heureusement, Les Derniers Parfaits est sorti chez Helios, la collection "poche" de Mnémos. La police y est un peu plus grande et espacée, ce qui rend la lecture bien plus agréable. Enfin, cet excellent roman existe également en numérique, ce qui résout définitivement le problème de la taille de la police. 



Paul Beorn est également auteur d'autres romans, comme le dyptique "La pucelle de Diable Vert", "14-14", un très bon roman jeunesse coécrit avec Silène Edgar, et dernièrement "Le club des chasseurs de fantômes", également un roman jeunesse en attendant son prochain livre, qui se destinera à nouveau a un public adulte.

dimanche 28 septembre 2014

Transition sur la lumière.

Tel est le titre d'une nouvelle que j'aime beaucoup, écrite par Grégory R. Waeytens.


Voilà plus de 20 ans que je connais Greg, c'est grâce à lui et à son éternel comparse François C. Lion que je me suis un jour mis à l'écriture.

Mais je vous narrerai mes vieux souvenirs une autre fois, si vous le voulez bien :)

En effet, Greg s'est inscrit au 5ème tournoi des nouvellistes, organisé par Nouveau Monde, et Transition sur la lumière a été sélectionnée. Or, les matches du groupe D, dans lequel figure cette nouvelle ont débuté hier.




Je ne peux que vous inviter chaleureusement à aller lire et apprécier cette nouvelle, et bien entendu lui apporter votre vote en allant par ici.

Et si vous voulez en savoir plus sur Grégory R. Waeytens, son oeuvre et notre association RvsC, vous pouvez visiter son blog (encore tout récent) par là.

Merci pour lui et à très bientôt !


lundi 22 septembre 2014

Les déserts éditoriaux (Hugues frappe encore ! )

Les aventures de notre jeune ami Hugues m'ont permis de vous faire partager mes humbles connaissances du monde de l'édition en SFFF. 
Pourtant, en les relisant, je me suis aperçu qu'il manque encore beaucoup de choses dans ces deux premiers articles. Alors, je vais tâcher de compléter mon propos, et nous allons suivre Hugues, notre jeune auteur de "littérature de l'imaginaire" dans de nouvelles aventures :)

Hugues vient de fêter ses dix-huit ans. Nonobstant l'émoi que lui provoque le passage à l'âge adulte, il a pris du recul sur l'échec de l'envoi de son premier roman. Maintenant, il sait qu'il doit travailler autrement.
Le jeune homme a écrit quatre nouvelles fantastiques, mais son cinquième s'est étiré. Il avait davantage de personnages à manier, une intrigue plus complexe, mais pas encore assez pour faire un roman.
Je sens que vous commencez à percevoir le monstre qui va jaillir du placard... Ne faites pas semblant, je sais que certains parmi vous ont l'oeil pour ces choses-là.
Disons le clairement et appelons un chat un chat ( Non, Beren, je ne t'ai pas appelé... Oui brouuut aussi ! Hum excusez-moi je parlais à mon chat.)
Le nouveau récit de Hugues accuse un poids de 22.607 mots, soit 126.565 Signes Espaces Comprises... Il a écrit... UNE NOVELLA !!!


Hugues n'a pas encore osé envoyer ses premières nouvelles, créations de taille standard (entre 4000 et 6500 mots) aux appels à texte qu'il a trouvés. Il se donne le temps de les relire, de les travailler. 
Mais cette fois, son problème est différent. Comme s'il avait accouché d'un monstre effroyable... D'autant qu'on lui a déjà parlé des novellas... Ça ne pouvait être que Stephen King, hein, Hugues est toujours aussi monomaniaque.
Mais où diable ?
Pas dans "Écriture", son livre de chevet.
Anxieux, il fouille sa mémoire, puis sa bibliothèque. Un étrange son de maracas bon marché semble résonner dans son crâne quand il touche la tranche de "Différentes saisons". 
Oui, c'était là. Dans la postface de ce recueil.
"(...) il vous semble entendre une voix un peu huileuse, avec un accent à couper au couteau.
Buenos dias señor ! Est-ce que vous avez fait bon voyage avec Revolucion Airways ? Vous avez tout plein aimé, je crois, si ? Bienvenue à Novelle, señor ! Vous allez aimer tout plein je crois ! Prenez un mauvais cigare ! (...) Mettez les pieds sur votre bureau, señor, je crois que votre histoire va rester ici très, très longtemps... qué pasa ? Ahahahahah !
Déprimant."




À nouveau, alors que le son des trompettes de la Havane résonne dans ses ouïes, Hugues "El Gringo" sent le vent de l'angoisse souffler dans son cou. Madre de Dios, qu'a-t-il fait ? 
Une lecture complète et attentive de la postface de Différentes Saisons, puis du GGG le lui confirment. Il est arrivé en plein tiers-monde. Le Cuba des années 80 de la littérature. Une région pauvre, désertée, soumise à un embargo quasiment inviolable. 
King a achevé Différentes Saisons en 1982. Entre-temps, le livre numérique à fait son apparition, permettant davantage de fantaisie dans la production littéraire. Il découvre donc une poignée d'éditeurs téméraires qui acceptent de publier ces monstres hybrides, entre la nouvelle et le roman.* Mais ce n'est pas avec ce format-là qu'il touchera un large public.


On ne prendra pas deux fois notre jeune adulte (YA pour les intimes) à envoyer un manuscrit qui a les meilleures chances du monde de ne trouver aucun preneur.
D'un revers de main, il chasse l'odeur âcre de mauvais cigare qui lui flotte dans les narines et se remet à l'ouvrage. La fin de sa novella n'est pas hermétiquement close. Il peut reprendre le protagoniste principal de son histoire et lui faire vivre de nouvelles aventures.
Hugues reprend le clavier et travaille d'arrache-pied. De nouvelles idées jaillissent de son esprit, il pianote de nouvelles aventures sur son écran. En quelques mois, il développe son histoire en six différentes parties, utilisant plusieurs personnages principaux. 
Au global, cette fois, il obtient un récit d'environ 140.000 mots, soit 800.000 SEC. 
C'est mieux, lui semble-t-il. Il aimerait se féliciter mais quelque chose le gêne. 6 histoires qui se suivent, avec les mêmes protagonistes, ça ne fait pas un roman. Il vient d'écrire la première saison d'une série.
Il n'entend plus les maracas ou les trompettes de Cuba. À la place, un harmonica résonne dans sa tête !




Autour de lui : un désert de pierre et de caillasse, aride et poussiéreux. De loin en loin, quelques patelins en bois se succèdent. Un monde nouveau, en train de naître, ou il reste des places à prendre. Mais un monde dangereux, ou le moindre faux pas peut lui valoir une balle dans le coeur.
Bienvenue au Far West des séries, pied tendre !
Oui, ici on peut fêter l'achèvement de son récit avec un bon vieux tord-boyaux du Kentucky, fumer un cigarillo, mais tout se réglera sur un coup de poker.
Hugues pourra faire accepter sa série pas plusieurs éditeurs (dont Bragelonne, via sa collection Snark) mais attention à ce que les épisodes se vendent. 
Le premier sera gratuit, pour attirer un maximum de monde. Ensuite, pour que la série puisse être jugée saine et attrayante, il faudra qu'au moins 10% des lecteurs achètent les suivants.** Sinon, pied tendre, le cimetière des ratés de la gâchette est là-bas, au fond, au milieu de la caillasse ! Alors, Huguy, prêt à jouer ta peau ? Hahaha !


Une des vertus du livre numérique, c'est de permettre le renouveau de formats qu'on croyait disparus et bouffés par les vers. Les séries, ou feuilletons, qui garnissaient jadis les journaux et magasines, renaissent ainsi de leurs cendres. La présence d'un acteur de la taille de Bragelonne sur ce segment laisse augurer de bonnes choses, mais les éditeurs attendent encore LA série qui mettra le feu aux poudres, l'oeuvre incontournable qui fera sortir ce format de son anonymat actuel. 
Un presque désert éditorial, ouaip. Mais on peut s'y bâtir une place au soleil et ramasser une poignée de dollars. Reste le risque propre à toute série (par extension je parle ici aussi des séries de romans, trilogies et plus) : si le succès n'est pas rapidement au rendez-vous, au-revoir.
En attendant, Hugues va finir son whisky et remonter sur son vieux Dollar, et rentrer chez lui dans le soleil couchant, seul. Une fois encore.



*En France, on peut compter sur Voy'el, l'ivre book, éventuellement Lune Écarlate quand ils sortent des mini-anthologies, Actu SF (mais la novella de Hugues serait trop courte pour eux, à priori.) et je crois que c'est tout. Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à laisser un commentaires, señoras et señores :)
**Merci à Cécile Duquenne, auteure (entre autres) de la série Les Foulards Rouges, pour cette précieuse information !

samedi 20 septembre 2014

Des genres, des sous-genres et des lignes (Les aventures de Hugues, partie 2)

Retrouvons Hugues, jeune auteur de récits de l'imaginaire, confronté aux difficultés de l'étiquetage de son roman et aux affres du monde de l'édition.
Pour celle et ceux qui ont manqué la première partie, elle se trouve juste ici.


Puisqu'il sait maintenant que son roman est étiquetable dans la catégorie "Fantasy" et comme certains éditeurs sont susceptibles d'éditer son roman, Hugues se met en quête de l'un d'entre eux. 
Mais comment trouver ce précieux éditeur ? Jusqu'à présent, il n'a lu que du King, et ne connait que Albin Michel et Pocket, comme éditeur.
"Google est ton ami !" Lui souffle son intuition d'une voix amicale.
Un large sourire aux lèvres, les yeux déjà pétillants de plaisir, Hugues tape donc "Éditeur Fantasy" dans le célèbre moteur de recherche.

Et là...
Son destin va basculer !
*mode Pierre Bellemare histoires extraordinaires off*

En haut de page, il découvre trois annonces, et saute de joie sur sa chaise de bureau qui émet un grincement de protestation. "Chicchicchic, il y a plein d'éditeurs de Fantasy, et s'ils mettent des annonces c'est qu'ils cherchent des auteurs !" se dit-il. 
D'un geste joyeux, il clique sur le premier : "La compagnie des Écrivains" (et puis, ça pète comme nom !)
Il y découvre que son manuscrit peut être lu sous trois semaines (mais que s'il l'envoie en papier par voie postale, ce sera plus long : 2 semaines environ... Il ignorait jusqu'alors que 2 semaines, c'était plus long que 3 semaines, mais on apprend à tout âge !)*
Enthousiaste, il envoie donc son précieux manuscrit et se dit : "tant qu'à faire, je vais aussi l'envoyer à d'autres, parce qu'on ne sait jamais !" Dans la foulée, il envoie donc son manuscrit à Amlathée (qui faisait de la pub aussi), puis en suivant l'ordre des résultats de sa page de recherche, à Bragelonne (qui annonce qu'il faut parfois attendre 10 à 12 mois, ce qui ne manque pas de le faire frémir), puis les choses se compliquent. Il n'y a pas toujours une rubrique qui permette d'envoyer un manuscrit. 
Puis, il tombe sur le site d'Elbakin qui recense les maisons d'édition par ordre alphabétique. Devant cette liste à rallonge qui pourrait lui permettre de retapisser les murs de sa chambre, sa mâchoire se remet à pendouiller mollement, comme quand le libraire lui expliquait les différents genres de l'imaginaire. Il y en a vraiment tout plein, parmi lesquels Albin Michel. "Mais zalors", songe-t-il en son for égoïstement intérieur, "si il y a Monsieur Michel dans la liste, comme puis-je savoir si tous les éditeurs de cette liste acceptent les manuscrits, hein ?"
(Vous remarquerez que, malgré sa candeur, Hugues n'est pas si sot ! C'est bien mon petit, t'auras un bon point.)


Gagné par la perplexité, il prend son courage à deux mains et retourne chez son libraire, muni de la liste qu'il a imprimée sur la vieille imprimante à marguerite de Tata Rachel (avec les petits trous sur le côté, genre rouleau de PQ pour Troll) et de ses derniers trente euros, juste comme ça au cas où..
En le voyant arriver devant sa vitrine, la peau du libraire change de couleur, comme s'il s'était lavé avec du Omo-qui-lave-plus-blanc-que-blanc. Trop tard pour fermer le volet de fer, l'inénarrable Hugues pousse déjà la porte. Le libraire déglutit bruyamment devant le sourire du jeune homme, qui l'aborde avec un tonitruant : "j'ai oublié de vous demander..."
Pourtant, la conversation est beaucoup plus rapide, cette fois. Le garçon lui tend la liste des éditeurs trouvés sur Elbakin, qu'il a eu le bon goût d'imprimer et lui demande parmi ces noms, lesquels pourraient accepter son manuscrit de Fantasy, hein, dites ? 
Un éclair de génie frappe alors notre bon libraire. C'est que le jeune Hugues n'est pas le premier apprenti auteur qui vienne requérir son conseil !


Grâce à d'autres de ses fidèles clients, il sait que certains forums d'aide aux auteurs existent, et peuvent orienter sa démarche. Il se souvient même d'un guide des éditeurs de SFFF dont un auteur qui est venu en dédicace chez lui a parlé : le GGG. Mais il ne sait plus ce que cet acronyme veut dire.
Hugues repart, accompagné au pas de charge par son libraire préféré jusqu'à la porte de son commerce, fort de cette précieuse information. Oui, dites-vous bien qu'il a vraiment de la chance, sur ce coup-là ! Dès qu'il rentre chez lui, il pianote GGG sur son ami Google.
La perplexité l'envahit quand il découvre le site qui s'affiche en tête de liste des résultats, un certain "GirlsGoGame" qui ressemble à une vitrine pour poupées Barbie... Non, ça ne doit pas être ça !
Il complète sa recherche en tapant "GGG éditeurs". Une pub pour les éditions Grasset plus tard, il tombe sur le "Grimoire Galactique des Grenouilles"**, nom qui ne manque pas de le laisser perplexe.
Toutefois, la page de présentation dudit ouvrage confirme que c'est bien ce qu'il cherche : un guide qui recense les éditeurs, et propose même de l'aider à cibler ses envois. Pour la modique somme de 3 euros (en numérique, en papier c'est 5€), il se paye ledit ouvrage et commence à le compulser avec attention.


La première chose qu'il découvre, c'est que les gens qui ont écrit cet ouvrage semblent être des adorateurs des grenouilles... Il y en a sur toutes les premières pages ! Est-il tombé sur une secte bizarre ? 
Malgré ses inquiétudes, il poursuit sa lecture. Le cauchemar s'intensifie pour Hugues. On lui parle de synopsis, de lettre de présentation, de sous-genres, de lignes éditoriales, de marchés de niche (apparemment, aucun rapport avec les chiens) et de signes. 
Il se sent soudain frappé par la stupeur, assommé par la complexité d'un monde qu'il imaginait si simple, heurté par la violence du réel qui rattrape l'imaginaire insouciant dont il rêvait...

... vous voyez ce que je veux dire !

Le jeune auteur ne sent pas à la hauteur. Il referme le fichier, et va se coucher (comment ça il n'est que 15 heures ? Et alors, il fait bien ce qu'il veut, non ?).
Le temps passe. Il reçoit un mail de réponse de "La compagnie des Écrivains" qui se déclare prête à publier son roman pour la modique somme de 5000€, qui lui donnera le droit de disposer de 200 exemplaires de son livre qu'il pourra aller vendre au marché à bestiaux du coin si bon lui semble. Pour un supplément de 500€, un correcteur peut même travailler sur son livre, c'est vivement conseillé ! Et s'il le souhaite, à partir de 390€, on peut même lui fabriquer un site web auteur qui lui permettra de se faire connaître.
Il vient de toucher son argent de poche mensuel. Avec ce qui lui reste, il dispose de 80€.
Bon... Il en utilise 1,29 pour acheter un lot de douze paquets de kleenex et s'assoit sur l'offre de la compagnie des arnaqueurs d'écrivains (pas confortable comme coussin, c'est râpeux et ça picote.)
Angoissé, déprimé, la main tremblante, Hugues poursuit encore et toujours ses investigations. Il découvre que son premier roman fait 1.583.947 Signes Espaces Comprises. Qu'aucun éditeur n'est susceptible d'accepter un monstre pareil. Que d'après les lignes éditoriales de ceux qui acceptent de la Fantasy, la présence de soucoupes volantes dans son récit risque de poser quelques menus problèmes. Et que s'il espère vivre des recettes de ses romans, il y a de bonnes chances pour qu'il se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au trognon.
Je ne vous cacherai pas qu'à cet instant précis, Hugues a perdu une bonne partie de sa candeur, mais aussi de son enthousiasme. Mais...



Épilogue

Comme beaucoup d'auteurs amateurs, Hugues se confronte à la réalité de l'édition après avoir écrit son premier roman. C'est ballot, il faut bien le dire, parce que si on savait à l'avance ce qui nous attend, on s'y préparerait. Mais non. Ceci expliquant cela, 95% des premiers romans des auteurs que vous lisez ont essuyé refus sur refus. Parfois, ils ont été ensuite réécrits et accepté, mais surement pas sous leur forme originelle.
Pourtant, comme beaucoup d'auteurs amateurs, passé la phase de découragement, Hugues va tirer les enseignements de toutes ces choses indispensables qu'il vient d'apprendre. C'est un passionné, renoncer à écrire lui est impossible. Si vous lisez ces lignes et que vous n'êtes pas auteur, vous devez vous dire qu'on est plus givrés que des sapins de noël, nous les scribouillards. Je crois bien que vous avez raison ! C'est à la fois ce qui nous permet d'imaginer les histoires qu'on vous raconte et d'encaisser le genre de choc que Hugues vient de vivre sans renoncer.
D'ailleurs, le grand fan de King qu'il est va découvrir "Écriture, mémoires d'un métier" et se rendre compte que son idole a connu d'innombrables refus avant de réussir à vendre ses premières nouvelles. 
Il va donc s'entraîner, lire, écrire, travailler avec acharnement. Peut-être qu'un jour, ses nouvelles seront publiées dans quelque fanzine francophone. En tout cas, maintenant, il sait tout ce qu'il doit savoir pour accomplir son rêve : que son roman soit publié. Que le libraire de son quartier le mette en devanture. Qu'il puisse y obtenir une séance de dédicace. Et si un jour, grâce peut-être à des initiatives comme l'invasion des grenouilles, son roman traverse l'atlantique, qui sait si Stephen King ne le lira pas ? Allez, laissons-le rêver :)


*Je n'invente rien ! Allez sur leur site, vous constaterez par vous-même :) (je me suis permis de rebaptiser cet éditeur, car en réalité, je ne connais pas leurs tarifs, mais je ne dois pas être bien loin de la réalité.)
**Ouvrage ô combien précieux que vous trouverez ici.