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samedi 30 avril 2016

Vivre de sa plume, la suite : pour conclure

Me revoilà pour finir cette série d'interviews avec quelques mots de conclusion, tout à fait personnels.

Vous pouvez retrouver les interviews de mes excellents invités par ici :

L'exercice n'est pas simple, mes invités ont déjà tout dit. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ils m'ont appris beaucoup de choses que j'ignorais ou connaissais mal.

Mais justement, ils nous donnent des éléments passionnants pour répondre à la question : "peut-on vivre de sa plume". 

Il parait qu'on voit encore, de nos jours, l'écrivain comme un intellectuel indépendant et nanti d'assez d'argent pour vivre bourgeoisement. C'est une image d'Épinal ! 

Deux fois plus de romans sur les étagères des libraires, mais toujours autant - ou aussi peu - de lecteurs. Un marché numérique encore balbutiant mais qui ouvre les portes au piratage et aux arnaques. 
Laissez donc de côté vos fantasmes d'un tirage initial de 200.000 exemplaires au vestiaire. Lisez "Écriture, Mémoires d'un métier" de Stephen King, mais ne croyez pas que votre premier roman connaîtra le même destin que son Carrie. 




Même une auteure comme Nadia, avec ses 18 romans édités, ne pourrait pas vivre de sa plume. 
La voie de l'autoédition est une alternative intéressante, mais comme l'ont expliqué Nathalie et Arnaud, ce choix implique d'autres démarches, comme celle de s'offrir de la visibilité en démarchant les libraires, ou construire son site web et le promouvoir par ses propres moyens. Tout le monde n'est pas capable de faire ça. 
Et du côté de la voie traditionnelle, tout dépend de l'éditeur chez qui vous pourrez signer. Agnès l'a expliqué mieux que moi : tout le monde ne peut pas s'offrir les services d'un diffuseur. Parallèlement, c'est bien chez les plus petits éditeurs que vous avez le plus de chance de signer votre premier contrat. Question de ratio entre nombres de manuscrits reçus / nombre de manuscrits acceptés. Plus l'éditeur est gros, plus il en reçoit.

Alors on fait quoi ? On retourne au boulot en mettant ses rêves d'écrivain dans sa poche arrière et un mouchoir dessus, en tirant la tronche ? 



On écrit, on se fait plaisir, on fait de son mieux et on espère qu'un jour, avec le temps, on pourra ne plus faire que ça. On garde à l'esprit que, sauf coup de bol monumental, ça ne se fera pas dès le premier roman. On n'oublie pas que le travail finit toujours par payer. En attendant mieux, que vous choisissiez le chemin traditionnel où la voie de l'indépendance et de l'autoédition, selon vos capacités à assumer votre propre pub et votre propre promotion, cela vous fera vivre de superbes moments quand vous recevrez ces petits mots de lecteurs conquis par votre plume, ces instants magiques en salon où vous verrez vos fans qui auront un sourire jusqu'aux oreilles juste parce qu'ils vont pouvoir vous parler en vrai. Et puis peut-être que vous irez parler de votre roman devant toute une classe d'enfants ou d'adolescents qui l'auront étudié en cours, que vous participerez à une table ronde aux Imaginales sur un thème que vous avez appris à maîtriser à force de recherches pour votre roman. 

Quant à l'argent, vous en aurez un peu. En l'état actuel des choses, n'espérez pas mieux que ça. Peut-être qu'un jour, ça évoluera dans le bon sens, il y a des collectifs d'auteurs qui se forment pour y réfléchir et proposer des pistes d'amélioration de la vie des écrivains, comme celui-ci.
Mais pour le moment, les choses sont ce qu'elles sont.
Alors, ne plaquez pas votre job, même s'il vous ennuie. Ne bâclez pas vos études pour finir votre premier roman, rappelez-vous que vous avez le temps. Gardez les pieds sur terre, mais n'oubliez pas de rêver et de faire rêver vos lecteurs.



Sur ce, je vous laisse. J'ai un roman à écrire ;) 

mercredi 23 décembre 2015

Projets pour 2016

Après mon bilan de l'année 2015, voilà mes projets pour 2016. Je préfère parler de projets que de résolutions ou d'objectifs. Les résolutions, par expérience personnelle, ça ne tient pas la durée. Quant au terme "objectifs", il sonne trop professionnel à mes oreilles, il me rappelle le boulot. Beurk, donc :) 

En revanche, le terme "projets" a un sens plus positif à mon goût. Il laisse aussi de la place pour quelque chose qui arrive tout le temps : les imprévus. Forcément, quand on ne vit pas de sa plume - et comme dans notre pays, le revenu universel n'est pas au menu - on offre à l'écriture le temps qu'on peut, pas celui qu'on veut.

Bref, assez tergiversé, entrons dans le vif du sujet.

Des romans avant tout.


Je me suis remis à l'écriture avec des nouvelles. Plus courtes, elles permettent de se tester, d'expérimenter divers registres, différents modes de narration. Sans compter que j'aime bien en écrire, tout simplement.
Aujourd'hui, Muse me souffle essentiellement des idées de roman et je ne tiens pas à la contrarier. Elle aura toujours le dernier mot, la lutte est vaine.
Mon premier projet est de finir le cycle d'Essence d'Asphalte. Il me reste à finir la vague de correction en cours, confier la nouvelle mouture à de nouveaux bêta-lecteurs et accomplir une dernière vague de correction. En principe, cette ultime vague devrait être axée sur la forme, même si des ajustements sur le fond ne sont jamais à exclure. J'ai commencé à écrire ce roman en juin 2014 (tout ce temps, déjà !). J'aimerais finir les corrections et avoir un manuscrit prêt pour juin 2016. 

L'an dernier, j'ai aussi été contrarié dans mes projets de nouveaux romans. Ce ne sont pas les idées qui me manquent en la matière ! Non, c'est juste une question de temps dont je n'ai pas pu disposer, ou de motivation (entre juin et septembre 2015, vous comprendrez ça en lisant mon bilan 2015). Il n'empêche que ça me démange de plus en plus. 
Je me soumet toutefois à une contrainte, presque un luxe que je peux m'offrir. Quand j'entame un premier jet, je ne veux pas m'interrompre. Mon rythme d'écriture me permet d'envisager l'écriture d'un roman de 500K SEC en 10 semaines sans forcer. Pendant tout ce temps, je ne veux rien avoir à faire d'autre, pour permettre à ce premier jet d'être aussi riche et vivant que possible.
J'espère pouvoir en écrire un entre l'hiver et le printemps 2016, puis un second cet été. 

Quelques nouvelles en bonus.


Certaines nouvelles que j'ai écrites ne sont pas encore publiées. Il faudra que je les relise, afin d'évaluer le travail qu'il faut fournir pour les améliorer. J'aimerais trouver des Appels à Texte qui leur correspondent, mais ce n'est jamais simple. 
Idéalement, j'aimerais en écrire quelques autres. Disons quatre sur l'année, soit une par trimestre. Mais cela reste un bonus, cette année, les nouvelles ne seront pas ma priorité. 

Bêta-lire d'autres auteurs.

 Merci edelweiss-du-gwendir.blogspot.com pour l'image :)
 

La moindre des choses ! C'est grâce à l'aide que j'ai reçu que mon écriture s'est améliorée. Aujourd'hui, je pense pouvoir être utile aux autres, les aider à mon tour. Sans oublier que j'aime bêta-lire, c'est un bel exercice d'échange de connaissances. Essayez, vous verrez qu'on y prend vite goût :)

"Et puis l'année d'après, je recommencerai..."



La citation des paroles de Daniel Balavoine (Le Chanteur) s'arrête là. Non, non, n'insistez pas, je ne me prostituerai pas pour la postérité !
J'aimerais m'installer dans un rythme d'écriture de deux romans par an. Je parle bien de deux premiers jets, pas de deux romans corrigés et prêts à être proposés à des éditeurs. Vu le travail que cela représente, c'est tout de suite plus long.
Mais j'ai une idée du roulement que je pourrais organiser. Imaginons que j'ai deux premiers jets finis dans mes tiroirs. Le premier (on va l'appeler R1) est fini depuis plusieurs mois. Le second (R2) vient d'être achevé.
Je peux reprendre R1 et le corriger, pendant que je laisse R2 reposer. Une fois ces corrections finies, j'écris un nouveau roman (R3). Puis, je reprends R2 pour le corriger à son tour. Lorsque j'ai fini, si besoin, je reprends R1 pour une nouvelle vague de corrections avant d'attaquer R4. Et ainsi de suite, jusqu'à épuisement de mes idées (qui ont tendance à se reconstituer plus vite que je ne les épuise. Merci Muse ! ) Entre-temps, je m'autorise des pauses, pour aider d'autres auteurs et travailler avec eux sur leurs projets.
Bien sûr, ça reste un schéma idéal, une hypothèse de travail. Avec le temps et l'expérience, je verrai si ce roulement est réalisable ou si je rêve en couleurs.


Et vous, vous prévoyez quoi pour 2016 ?


samedi 12 décembre 2015

Ne plus écrire en "tell"

Quand j'ai débarqué sur le forum Cocyclics, une des premières choses dont on m'ait parlé, c'est la différence entre le "show" et le "tell".
Pour être plus précis, je ne sais plus quel membre du forum m'a signalé, à propos d'un passage assez long d'une de mes nouvelles de l'époque, que c'était très "tell".
Tell, rien à voir avec Guillaume, j'imagine. me suis-je dit.
Pour autant, impossible de comprendre intuitivement ce que cette chère grenouille voulait me signifier.

Non, on ne parle pas de ce "Tell" là :) 


Le Tell et le Show sont très bien expliqués par de grands auteurs, parmi lesquels mon mentor, Stephen King. Je ne vous citerai pas ses propos, parce qu'ils sont en anglais. Et aussi et surtout parce que je n'arrive plus à mettre la main sur l'article, lu récemment, dans lequel il en parle. Mais je peux vous traduire son propos et sa pensée.
Il dit qu'il ne veut pas qu'on lui raconte (tell) une histoire, mais qu'on lui montre (show) ce qui se passe. 
Toute la différence va donc être dans la forme plutôt que dans le contenu. Par exemple, au lieu de raconter (tell) que ces deux hommes se sont retrouvés au bar du coin et ont longuement discuté en sirotant quelques bières sur le meilleur moyen d'entrer dans cette luxueuse demeure sans déclencher tout l'attirail de sécurité qui la protège, vous pouvez faire vivre (show) leur conversation.




Quand j'évoque le Tell et le Show, je sais qu'il y a des gens sceptiques. Laissez-moi, chers sceptiques, tenter de vous convaincre de l'intérêt de montrer tout ce qui est possible dans un récit, et de reléguer le "tell" a quelques passages occasionnels.

Dans l'exemple de nos deux cambrioleurs, si vous racontez leur discussion, le contenu va être très synthétique. Vous allez sans doute nous expliquer que Tom était convaincu que sa méthode était la bonne, tandis que Fred n'y croyait pas vraiment. Que Tom a dû longuement insister, développer tout un tas d'argument pour convaincre Fred. Finalement, c'est l'envie de pénétrer dans cette luxueuse demeure, un vieux rêve inassouvi de Fred, qui l'a convaincu d'accompagner Tom. Quant à son plan boiteux, il pense pouvoir le faire changer lorsqu'ils seront sur place.

Voilà, ça, c'est du tell. On se fait une idée de l'état d'esprit des deux protagonistes, de leurs motivations, mais ça reste très superficiel. 

Ce serait beaucoup plus vivant de nous faire vivre ce dialogue. On ferait plus ample connaissance avec les deux personnages, on les verrait sourire, grimacer, hausser les sourcils, on pourrait partager la discussion avec eux en s'asseyant sur la tabouret d'à côté, plutôt que de lire un compte-rendu.
Mieux : en show, l'auteur n'a pas à expliquer que Tom insiste. On le lit dans le texte. Idem pour l'envie dévorant de Fred de rentrer dans cette maison. À cette seule idée, son regard pétille et il se pince les lèvres. Il ne peut pas cacher ça à Tom. Mais finalement, Tom n'en profite pas. Tom n'est pas certain de bien comprendre ces indices non-verbaux. En revanche, il sent que c'est le moment pour lui de se taire, de laisser Fred monter en sauce tout seul comme un grand. Et c'est le moment pour l'auteur de nous immerger dans les pensées de Fred, de le faire parler à la première personne en italique.
Sans compter qu'on va rester dans ce bar pendant un certain temps. On va voir ce que les personnages voient, sentir ce qu'ils reniflent, entendre la voix cassée de grave du patron, ce type chauve à la moustache dessinée et sculptée au gel, avec ses tatouages bleus sur les avant-bras et son improbable nœud papillon. 

Le même en plus épais, tatoué, chemise noire et nœud papillon blanc. 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais, au moins sur le papier, je préfères mille fois le deuxième version. Je n'irai pas jusqu'à écrire ce dialogue, ce serait effroyablement prétentieux de ma part. Je ne pense pas avoir assez de talent pour me livrer à ce genre de démonstration.
Toutefois, avec cette ébauche de "Show", je laisse sentir ma patte. C'est toujours plus facile d'imprimer son style, dans une scène en show que dans un passage en Tell. Tout ressort mieux, de manière plus vivante, chaque personnage amène son caractère. En comparaison, le Tell est plus terne. Le vocabulaire variera d'un auteur à l'autre, bien entendu. Mais c'est à peu près tout ce qui pourra changer. Parce que le Tell, en fin de compte, est un exercice didactique. C'est un résumé, il obéit donc à des règles, qui sont autant de points de passages obligatoires. Le Tell enferme l'auteur, alors que le Show le libère.

Alors pourquoi choisir le Tell ? 
Imaginons que notre discussion dans un bar soit une scène centrale du récit. Celle qui détermine le passage à l'acte de Tom à Fred, un moment charnière. Ce postulat interdit de passer la scène en Tell "parce qu'elle n'est pas importante". Non, on ne fait pas d'ellipse dans des moments aussi cruciaux.
Il me semble que le Tell, avec toutes ses privations et ses points à respecter, est sécurisant. C'est balisé, on ne peut pas s'y perdre. 
Je reconnais bien volontiers qu'écrire un dialogue, ça peut faire peur. Car il ne s'agit pas d'aligner les répliques en rang d'oignon. Non. Il faut donner une voix aux personnages, une contenance. Il faut aussi, pour les rendre aussi humain que vous et moi, qu'ils aient des mimiques. Parfois, ils ne diront pas tout ce qu'ils pensant. Ou ne penseront pas tout ce qu'ils disent. Fred sera peut-être distrait par le reflet dans le grand miroir du comptoir qui révèle la superbe brune, assise toute seule et qui ne décolle pas les yeux de la fenêtre. Le gros barman à la moustache d'un autre temps incitera peut-être Tom a parler moins fort, car il aura l'impression qu'il les écoute avec attention en essuyant ses verres. 
Voilà plusieurs détails qui vont rendre la scène vraisemblable, mais à incorporer en quelques pages seulement. C'est très intimidant !
Alors, on peut choisir le casque intégral, la combinaison en kevlar. C'est moche, inconfortable et même étouffant, mais ça donne une sensation de sécurité. 
Ouais.



Mais le jour où il ne s'agira plus simplement de faire du vélo, mais d'enfourcher une grosse bécane, - disons, montrer une fusillade entre Tom et Fred d'un côté et les flics de l'autre, tout en faisant partager leurs émotions et leurs propos, car bien sûr, vous n'escomptez pas nous mettre une scène pareille à la sauce Tell, c'est-ce pas ? - qu'est-ce que vous allez faire ? Déjà, les roulettes, on oublie. Le casque et le kevlar vous les aviez déjà. Vous rajouterez quoi pour vous sentir en sécurité ? Un exosquelette en titane ? L'armure d'Iron Man ?

Oui, au début, quand on fait du show, on se plante. Les dialogues ne sont pas au point, les répliques artificielles, les personnages un peu crispés, caricaturaux. Normal, c'est le début. Eddie Merckx est tombé de sa scelle un paquet de fois avant de réussir à gagner des courses cyclistes. Oui, une chute, ça pique un peu. Mais on s'en relève, on soigne la plaie et on y retourne, fort d'un enseignement supplémentaire.

J'ai remarqué ces jours-ci, en corrigeant Essence d'Asphalte, que je ne parviens plus à écrire plus de quelques lignes en Tell. Je m'ennuie en Tell ! Je peine à aligner les mots, en me disant sans cesse "mais qu'est-ce que je peux faire pour donner de la vie à ce pavé indigeste ?"
Une seule solution : me débrouiller pour passer en show. Là, enfin, je respire, je m'amuse, je me fais plaisir en écrivant. C'est grisant, le show ! Les cheveux au vent et le grognement du moteur dans les oreilles, parce que non, sur les routes littéraires, le porte du casque n'est pas obligatoire. 



Et vous, plutôt show ou plutôt tell ?

lundi 16 novembre 2015

À la Londonienne

On dit de moi, à raison, que je suis quelqu'un de franc. Je ne mâche pas mes mots quand je m'exprime, tout en essayant de rester subtil et nuancé. La plupart du temps, je regarde ce monde avec sévérité, car il m'offre de nombreuses sources d'insatisfaction, voire de colère. Ce que je refuse, c'est de ne pas comprendre. Quand un concept m'échappe, qu'il me semble totalement absurde, je creuse, jusqu'à ce que je finisse par en capter la logique, parce qu'il y en a toujours une. Lorsque j'ai compris, j'essaye de réagir en conséquence.

C'est pour ça qu'on ne m'a pas entendu du week-end, malgré ce qui s'est passé. D'ailleurs, vous constaterez que je ne vais pas directement réagir à ça, mais plutôt vous expliquer pourquoi je ne le fais pas. Agnès Marot, sur son blog, l'exprime bien mieux que moi : tout a été dit. 

Mais au-delà de ce fait, il faut se placer du côté de l'adversaire, comprendre ce qu'il veut. Il veut faire parler, forcément. Parler, hurler, crier pleurer, choquer, outrer, scandaliser, frustrer. Le sachant, je ne lui donnerai rien de tout ça. 
Je préfère réagir, comme l'exprime l'intitulé de cet article, "à la londonienne". 

Pour comprendre cette référence, il faut revenir à la seconde guerre mondiale. Plus précisément, à l'époque où la Luftwaffe bombardait sans relâche la capitale britannique. Vous avez sans doute déjà vu des extraits de l'époque, et l'incroyable réaction des londoniens. Sitôt que les sirènes d'alerte se taisaient, ils reprenaient le cours normal de leur vie. Comme s'ils venaient juste de s'abriter d'une grosse averse, et que la pluie cessant, ils reprenaient leur marche. S'ils avaient peur, s'ils étaient furieux, s'ils étaient tristes, ils n'en montraient rien, refusant de concéder la victoire morale à leurs adversaires. 
Tant et si bien que le Führer, découragé, finit par abandonner ses bombardements. Certes, il y a eu entre-temps le téméraire bombardement de Berlin par la R.A.F. Mais l'impact moral a joué un rôle très important, les historiens qui se sont penchés sur cette époque - et ils sont nombreux - vous le diront mieux que moi.

Alors, au risque de paraître glacial, je ne dirai rien. Je continuerai à vivre, comme chaque jour, en restant aussi calme que possible. Les yeux grands ouverts, mais la bouche fermée.

mardi 3 novembre 2015

C'est l'histoire d'un jardinier qui fait des plans !

Une des nombreuses choses qui me plaît dans mon activité d'auteur, c'est que j'en apprend sur moi-même en permanence. Quelques exemples :

1 - Je suis un fainéant, pur et dur. Partisan du moindre effort, je ne rechigne jamais à esquiver une tâche qui devrait m'incomber, ou a me contenter de dire que je ferai ça plus tard. Plus tard, c'est l'autre nom de Dieu pour les adeptes de la procrastination. À la maison, toutefois, c'est différent. On s'est reparti les tâches, de sorte à éviter que je cèdes à mes penchants naturels. Mais quand j'écris, je repousse les limites de la paresse. Je ne rechigne pas à me lever à 6h00 pour avoir le temps d'écrire, je peux passer une journée entière derrière l'écran pour achever un roman... Il n'y a guère qu'Antidote pour faire resurgir mes travers habituels. Et ne vous fatiguez pas à me faire la promotion de ce bel outil, vous prêcheriez un convaincu. N'empêche que sur plus de 100 pages de texte, utiliser Antidote est tout de même singulièrement rébarbatif.

Au cas où vous auriez un doute, non je ne suis pas la petite blonde. Ni le chat, d'ailleurs, l'image ne sert qu'à illustrer mon propos ;) (Crédits : Vents d'Ouest Éditeur.)


2 - Je suis aussi un bordélique en puissance. Qu'importe ordre, rangement et autres classements, tant que je m'y retrouve. Et même quand je ne m'y retrouve pas, d'ailleurs, puisqu'au pire, je peux toujours procrastiner ou esquiver la recherche d'un objet perdu. Non, je n'ai rien d'un Indiana Jones, désolé de vous décevoir. Je suis un adepte du chaos, un fervent adorateur de l'anarchie et j'aime défier les lois de la gravité. Quand j'écris, c'est pareil ! Dès que j'ai un bout d'idée, je me lance. Peu importe que ce soit un début, un milieu ou une fin. D'ailleurs, ce n'est jamais une fin. Je ne connais quasiment jamais à l'avance la fin de mes propres histoires. Bien sûr, au fil du récit, il faut injecter une juste dose de cohérence pour que l'ensemble tienne debout. Qu'à cela ne tienne ! On improvise, on s'adapte et on domine l'obstacle. Mais j'ai découvert tout récemment ma capacité à faire un plan. J'en suis encore tout retourné, sachez-le bien. L'équivalent émotionnel de la découverte de rondeur de notre planète pour un partisan de la terre plate. 

Et je ne suis pas non plus ce félin ventru. Z'arrêtez de dires des âneries, oui ?


Remettons les choses dans leur contexte, ce sera plus clair pour vous. Jusqu'à présent, je m'étais adonné à deux formes de joie dans le cadre de la création d'un roman. L'écriture du premier jet, et la réécriture complète d'un premier jet. Quant à ne corriger que certaines parties, afin de conserver ce qui est bon dans un premier jet tout en supprimant ce qui ne fonctionne pas, ça ne m'était jamais arrivé. Mais voilà, pour Essence d'Asphalte, j'ai dû faire un tri. Je me retrouvais avec quelques chapitres exploitables, qu'il eût été dommage de jeter, quelques autres qui doivent disparaître et, pour corser le tout, des bouts d'histoire à rajouter. Comme un puzzle auquel on retirerait des pièces pour les remplacer par d'autres, afin de créer une nouvelle image.

Fidèle à moi-même, j'ai d'abord voulu minimiser. Après tout, ce n'était peut-être pas la peine de réécrire cette scène ou, comme par hasard, l'amie du héros croise au coin de la rue l'adolescente qu'il cherche. Mais non ce n'est pas un gros Deus Ex Machina, tout au plus un coup de chance... Non ?
Bon, d'accord, c'est trop gros. Je me suis donc résolu, tant bien que mal, à faire le ménage dans ces scènes qui coincent, ces petites facilités scénaristiques qui n'ont pas le bon goût de passer totalement inaperçues. 
Et impossible d'improviser, si je veux que tous les éléments s'emboîtent parfaitement les uns dans les autres. Alors, j'ai planifié. J'ai annoté chaque chapitre, pour savoir quoi en faire. supprimer, garder ou modifier. Et j'ai même poussé le vice jusqu'à faire un synopsis de travail pour les nouveaux chapitres que je vais intercaler. 

Voici ce qu'on appelle un mapping. Et non, ce n'est toujours pas de moi ! C'est celui de Roanne, qu'elle a exposé sur son blog http://plumes-sauvages.blogspot.fr/ dans un article très intéressant que je vous conseille de lire :) 


Tout cela semble prometteur. Il ne devrait pas y avoir trop d'accroc, en tout cas rien que je ne puisse raccommoder facilement. Et pourtant, pas moyen de me mettre à ces sacrées corrections ! Est-ce cette nouvelle méthode de travail qui perturbe mes méninges ? Ne suis-je définitivement pas fait pour la subtilité d'une correction partielle ? Ou est-ce que, tout simplement, il faut que je me donne un grand coup de talon aux fesses pour m'y mettre ?



La réponse bientôt, j'espère ;) 

jeudi 29 octobre 2015

Entretien avec Muse.



— Oh, vieux pépère ! crus-je ouïr tandis que je jouais à Millipede.

Je regardai par terre, pour n'y voir que ma chatte, Cat, qui attendait l'autorisation de monter sur mes genoux. Il m'avait pourtant semblé qu'on m'invectivait... Bon.
Je tuai une araignée, deux morceaux de chenille orange et me fit abattre lâchement par un morpion.
— Eh oh ! répéta Muse.

— Qui me parle ? demandai-je sous le regard intrigué de Cat.

Devine ! 
Je devinai et me raidit.
Dis-moi juste un truc, reprit ma tortionnaire, t'as pas l'impression que t'as mieux à faire que jouer à tes vieilleries des années 80 ?
C'est top les années 80 ! Puis c'est la période de retour vers le futur, alors je retourne vers le passé.
Ben ça tombe bien, s'emballa-t-elle ! Parce que dans le passé, tu as fait un joli planning, tu as même dit que tu écrirais 3 romans sinon rien. Ça te rappelle quelque chose ?
Je sentais toute la profondeur de son agacement dans le ton de sa voix, froid comme le carrelage de mes WC. Je déglutis en silence, dépourvu d'arguments face à la vérité.
Oui, je...enfin, peut-être que j'ai été un peu optimiste.
Tu m'étonnes, John !
Non Francis...
La ferme ! Bref, tu avais un planning, tu as des tas d'idées qui prennent la poussière dans tes tiroirs, et tu jours à Millipède ?
Oui non mais, quand même, j'ai bien entamé le plan de corrections d'Essence d'Asphalte, osai-je.
Ah ben après 4 mois de glandouille, c'est le minimum !
Je marquai un silence, histoire de temporiser un peu. La chieuse de service avait raison, j'avais légèrement abusé sur le temps de repos de la plume.
Écoute, repris-je en joignant les mains, ce soir je suis en vacances pour deux semaines. Je vais pouvoir corriger à fond, et bien carburer.
Elle me toisa d'un regard dur comme un œuf qu'on aurait cuit pendant 12 minutes. 
Promis, je m'y remet à fond, renchéris-je.
Et ensuite ?
Ben dès que c'est fini, j'attaque Jusqu'au Sommeil. En Décembre, si tout va bien.
Mouais. T'as intérêt à te sortir les doigts, mon pépère. Tu sais comme je peux être chiante quand je m'y met ?
Oh oui, je sais ! 
— Rendez-vous fin novembre pour un nouveau roman, donc.
Dans un nuage de fumée que seul mon esprit malade pouvait voir, elle disparut. Cat ronronnait sur mes genoux, impassible maîtresse zen. 

Tout ça pour vous dire que ça avance, ça écrit, même s'il est peu probable que je parvienne à écrire trois romans d'ici fin juin. Pourtant, je dois bien reconnaître que mes trois-presque-quatre mois de repos intégral m'ont rafraîchir les idées et fait le plus grand bien. Me voilà ragaillardi et prêt à inonder les pages de mon écran d'histoires à vous faire frémir.