dimanche 3 avril 2016

Vivre de sa plume, la suite (partie 2/4)

Après l'interview d'Arnaud Codeville, jeune auteur indépendant, je vous propose un autre témoignage. Cette fois, il s'agit d'une auteure qui a toujours suivi le chemin traditionnel de l'édition. Elle va nous expliquer son parcours, ses choix et les raisons de ceux-ci. C'est quelqu'un que vous connaissez sûrement, au moins de nom, car elle a déjà de nombreux romans, en particulier jeunesse, à son actif. Elle est en outre très gentille et disponible. 
J'ai l'honneur et le plaisir de passer la parole à Nadia Coste :) 


            F. Ash - Bonjour Nadia, merci de m'accorder cette interview.

            N. Coste - Bonjour Francis, et merci de m’inviter chez toi !

            F. Ash  - Avec grand plaisir. Pour commencer, pourrais-tu te présenter, juste au cas où certains lecteur de ce modeste blog ne te connaitraient pas encore ?

            N. Coste - Je m’appelle donc Nadia Coste (jusque-là, tout va bien), j’ai 36 ans, 3 enfants, et j’écris des romans pour la jeunesse (et les adultes qui aiment en lire). J’ai longtemps fait partie du collectif CoCyclics (j’y suis beaucoup moins présente, mais je garde toujours un œil sur la mare (N.d.l.r : le forum cocyclics) car je reste une grenouille de cœur).



            F. Ash  - En Avril, tu vas publier "L'Empire des Auras" chez Le Seuil et, en mai, "Seuls les Alligators vous entendront crier" chez Scrineo. Si j'ai bien compté, ça te fera en tout 18 romans publiés chez divers éditeurs en à peine 5 ans. Comment fais-tu pour soutenir un tel rythme avec, en plus, ton travail, ta vie de famille et les nombreux déplacements que tu effectues pour les salons et interventions scolaires ?

            N. Coste - Alors, d’une part, les 4 tomes de Fedeylins étaient écrits avant que le premier soit publié. Ce qui fait que, pendant les 2 ans où les romans sortaient tous les 6 mois, j’ai eu le temps d’en écrire d’autres. En plus, j’ai triché avec des petits volumes pour les 8-12 ans (100 000 signes, c’est vite écrit, et vite corrigé). Ce qui fait que j’ai eu très vite de nombreux romans sur la table de dédicace !
            Mais le secret, c’est la régularité : deux heures par jour, tous les jours.
            Bon, d’accord, je m’accorde aussi quelques soirs de pause de temps en temps (je ne suis pas un robot).

            F. Ash  - J'imagine que, comme tout jeune auteur, tu as eu quelques difficultés à trouver un éditeur pour ton premier roman, le tome 1 des Fedeylins. À cette époque, as-tu pensé à t'autoédtier ? Pour quelle(s) raison(s) ?

            N. Coste - Effectivement, je dirais que j’ai galéré pendant 6 ans (il a quand même fallu 8 versions à mon premier tome pour convaincre – enfin ! – un éditeur). Ma limite mentale, c’était 12 versions (comme Tolstoï pour Guerre et Paix !).
            À force de refus, je me suis posé la question de l’autoédition, bien sûr, mais ma réponse a été très rapide sur ce sujet : non. Pourquoi ? Parce que j’ai besoin de cette validation d’un professionnel qui dira « oui, c’est un bon texte, je l’aime et j’ai envie de le défendre ». C’est important pour moi.
            Et je n’ai pas envie de m’occuper de toute la partie commerciale, démarcher les librairies, les salons, tout ça. C’est quand même beaucoup plus confortable d’avoir quelqu’un dont c’est le métier qui gère ça !
            Il y a aussi l’angoisse de laisser des fautes (l’orthographe a longtemps été un vrai problème pour moi, et même encore maintenant, quand je suis fatiguée, je laisse passer beaucoup de fautes sans les voir). Donc, si je m’autoéditais, il me faudrait les finances pour payer un correcteur professionnel !
            Actuellement, il m’arrive d’y penser pour certains textes indisponibles et impossibles à replacer (par exemple, sur ma série SpaceLeague, les tomes 7 et 8 sont écrits mais ne seront pas publiés pour cause de réorganisation de la maison d’édition. J’envisage de faire le nécessaire pour les mettre à disposition en téléchargement sur mon blog). La facilité avec laquelle on peut « fabriquer » un ebook enlève déjà cette barrière technique là.
             Dans tous les cas, je comprends tout à fait les auteurs qui choisissent de s’autoéditer (ceux qui aiment tout gérer de A à Z, par exemple), mais, dans mon cas, quand un roman est refusé, je préfère le mettre de côté et le reprendre autrement des années après, plutôt que le publier à tout prix en l’état. Quand je pense à « L’Empire des Auras », par exemple, c’est pratiquement mon second roman, celui que j’ai écrit tout de suite après les fedeylins… et pourtant il ne sort que maintenant ! Il a fallu du temps… mais toute l’attente et le travail ont débouché sur une publication au Seuil, donc, je considère que ça en valait la peine.



            F. Ash  -   Bravo pour ta patience ! On entend parfois dire que les auteurs de littérature jeunesse sont les plus mal rémunérés. Est-ce que tu as déjà reçu des propositions "indécentes" en termes de droits d'auteur ?

            N. Coste - AH AH AH ! Oui.
            La pire proposition devait être un pourcentage de… 1,5 %. Autant dire que j’ai refusé sans état d’âme.
            La Charte des Auteurs pour laJeunesse recommande de ne rien signer en dessous de 6% (ce qui est déjà beaucoup moins important qu’en littérature « de vieillesse » où le plancher est, je crois, de 10%). D’autant que ces 6% sont à se répartir entre auteur et illustrateur, si c’est le cas… donc, il n’est pas impossible de se retrouver avec 3% du prix de vente HT. Je vous laisse faire le calcul !
            Je gagne, selon les romans, entre 50 centimes et 1 € par exemplaire vendu… On est loin de la starisation actuelle où on a l’impression que les auteurs sont forcément riches.
            Bien sûr, selon le moment où on en est de sa carrière, on n’aborde pas les contrats de la même façon. On est plus à même de négocier, on sait ce sur quoi on est prêt à lâcher… et ce qu’on est prêt à accepter pour que le roman paraisse.
            J’avoue que je comprends les auteurs qui décident de passer par un agent, parce que ces négociations-là, ce n’est vraiment pas la partie la plus agréable du métier (et on n’est pas forcément formés pour !).
  
            F. Ash  -   Parmi tous les éditeurs avec qui tu as déjà travaillé, quelle(s) est(sont) ton(tes) meilleur(s) souvenir(s) ?

            N. Coste - Il y a, bien sûr, la force du tout premier « oui ». Ça, rien ne le remplacera jamais.
            Mais j’ai également un autre souvenir fort : lorsque mon tout premier roman a été imprimé, Xavier Décousus, qui a été mon premier éditeur, s’est rendu sur place, à l’imprimerie, pour vérifier que tout allait bien. Et il m’a appelé pour me faire écouter le bruit des machines en me disant : « c’est l’accouchement ». J’en ai eu les larmes aux yeux !

"l'accouchement" des Fedeylins.

            F. Ash  -   Cette année, tu es la marraine du salon Gresimaginaire. Quel effet ça fait ? Peux-tu nous expliquer comment s'est déroulé ce parrainage ?

            N. Coste - C’est une grande fierté ! Je n’imaginais pas que l’on penserait à moi (en tout cas, pas « si vite » car, effectivement, ma « carrière » plutôt récente, même si j’ai 18 romans à mon actif).
            Ça c’est fait tout naturellement : nous avons échangé avec Pascale Languille, l’organisatrice, au moment du salon des Aventuriales, en septembre dernier, et, une fois mes disponibilités vérifiées, c’était lancé !
            J’ai eu l’occasion de rencontrer des classes du Grésivaudan début mars, et j’en rencontre d’autres juste avant le salon. J’espère donner le goût des littératures de l’imaginaire aux plus jeunes, et les convaincre d’emmener leurs parents découvrir le salon !

            F. Ash  - Tu as déjà reçu en 2012 le Book d'Or du Grand Petit Prix sur Book en Stock pour le premier tome des Fedeylins, puis le prix "Trégor Ados" en 2013 pour le premier tome de ta trilogie "Les yeux de l'aigle". (Si j'en oublie, n'hésite pas à me le dire J ) L'an dernier, tu as déjà reçu deux pris pour Ascenseur vers le futur (le Prix Plume Jeunesse du Chapiteau du Livre et le Prix Jeunesse de Lire en Poche) et tu es nominée pour une foule d'autres prix avec "Le premier" et toujours "Ascenseur vers le futur". Quel effet ça fait ? Y a-t-il un prix littéraire en particulier que tu rêverais particulièrement de remporter un jour ?

            N. Coste - Être nominée, c’est une grande joie, et, dans les hauts et les bas du métier d’écrivain, ça fait vraiment partie des hauts ! Quand j’ai su que j’étais nominée pour le prix des Incorruptibles, par exemple, j’ai sauté partout ! Pour moi, être dans la sélection finale, c’est comme si j’avais gagné. Toute la visibilité à l’échelle nationale que ça peut m’apporter ne dépend pas du résultat final.
Alors, bien sûr, quand on m’annonce que c’est bien mon roman qui remporte un prix, il y a toujours un moment d’incrédulité. Quoi ? C’est bien vrai ? Des gens ont voté pour ce roman ?
On a beau essayer de dissocier le roman de soi-même, on ne peut pas vraiment y arriver : cette histoire fait partie de nous. Et que des gens affirment qu’ils aiment ce roman, c’est une vague d’amour qui nous submerge d’un coup.
            Pour répondre à ta question, je ne crois pas viser un prix littéraire en particulier (je n’écris pas pour avoir des prix !). Ça ne fait pas partie de mes buts ultimes… ni de mes objectifs de carrière. Si j’en remporte, j’en serais très heureuse, mais, sinon, tant pis, je continuerai mon petit bonhomme de chemin un peu plus à l’ombre.



            F. Ash  - Dans le cadre du prix des incorruptibles, en particulier, tu voyages beaucoup en ce moment. Pour celles et ceux qui n'en connaissent pas le principe, peux-tu expliquer comment fonctionne ce prix ?

            N. Coste - Le Prix des Incorruptibles, c’est le plus gros prix de littérature jeunesse en France (j’ai toujours tendance à comparer ça aux Césars, pour qu’on se rende compte de ce que ça fait d’être dans le 6 ou 7 nominés). Toutes les catégories confondues, il y a plus de 350 000 enfants qui votent !
            Les éditeurs envoient leurs romans au Prix des Incorruptibles, qui opère une première sélection d’une trentaine de romans par catégorie d’âge. Ensuite, des comités composés d’enseignants, documentalistes, ou bibliothécaires, lisent la présélection et retiennent 6 ou 7 romans qui forment la sélection finale.
            Pendant toute l’année scolaire, les enfants lisent les romans, peuvent jouer à des jeux en lien avec les histoires, les enseignants peuvent s’en servir de support pédagogique… et, dans le courant du mois de mai, chaque lecteur vote. Les résultats sont connus début juin.
            Du côté des auteurs, nous sommes sollicités (très) pour rencontrer des classes, ou répondre à leurs questions sous forme de correspondance électronique (c’est différent, et très sympa aussi). Chacun gère en fonction de ses disponibilités et ses envies le nombre de rencontres qu’il peut assurer…
            Je savais que c’était une grosse machine, mais je ne m’imaginais pas recevoir deux demandes de rencontres par jour pendant près de deux mois ! Même avec toute l’envie du monde, on ne peut pas tout faire. Il faut aussi apprendre à dire non…

            C’est une expérience incroyable, et j’essaye de la vivre à fond (en me disant que je ne le vivrais peut-être qu’une fois dans ma vie). Je me rends vraiment compte qu’il y a un avant et un après les Incos… dans le bon sens !



            F. Ash  - Tu as déjà participé à des débats lors de certains salons et des interventions scolaires. Sans aller jusqu'à sortir la calculette, peux-tu me dire à peu près ce que ça te rapporte au point de vue financier par rapport à la vente de tes romans ?

            N. Coste - Ce sont deux calculs très différents : pour les romans, on sait combien on touche comme a-valoir, par exemple, mais les droits, on ne les touche que plus d’un an après la sortie et on a toujours cette incertitude qui dépend du nombre de ventes… le point d’interrogation est important.
            Pour les rencontres, j’applique les tarifs de la Charte des Auteurs pour la Jeunesse (bien pratique quand on ne sait pas quels sont les usages). Une journée de rencontre « rapporte » aux alentours de 400 €.
            Là, pour Ascenseur Pour le Futur, entre les prix (dotés) et les rencontres, je crois que ces « revenus accessoires » correspondent à 5 ou 6 fois mon à-valoir !
            Pour en avoir un peu discuté autour de moi, parmi les auteurs jeunesse qui arrivent à vivre de leurs romans, beaucoup y parviennent grâce aux rencontres…

Nadia lors d'une de ses intervention en classe. 

            F. Ash  -  Est-ce qu'un jour, tu aimerais ne vivre que de ta plume ?

            N. Coste - Absolument !
            Je pense que l’idéal, c’est un mi-temps, qui me garantirait une stabilité financière (nécessaire pour les emprunts, par exemple), mais me dégagerait assez de temps pour écrire. Et puis, ça m’obligerait à garder un pied dans le monde réel !
           
            F. Ash  -  Merci beaucoup Nadia. Je te souhaite tout le succès possible pour tes nombreuses nominations et pour tes romans à paraître très bientôt.


            N. Coste - Merci Francis ! Plein de belles choses à toi aussi !

Vous pouvez retrouver Nadia sur son excellent blog et sur sa page facebook.
Si vous la croisez en salon, n'ayez pas peur d'elle. Je peux vous assurer qu'elle ne mord pas :) 



Retrouvez les interviews de mes autres invités :
Arnaud Codeville
Nathalie Bagadey
Agnès Marot

mercredi 30 mars 2016

Vivre de sa plume, la suite (partie 1/4)

Il n'y a pas si longtemps, je vous ai proposé un article intitulé "Vivre de sa plume". Devant le tableau que j'y dressais, plusieurs d'entre vous m'ont invité à explorer les voies alternatives à l'édition classique, afin de compléter le panorama. Joli challenge, que j'avais envie de relever.
Seul hic, je ne connais pas grand chose à ces voies alternatives (en particulier la plus connue, l'autoédition.) Je n'avais pas envie de m'improviser expert non plus. Enfin, je ne souhaitais pas me limiter à ce seul domaine.
J'ai donc réfléchi à la meilleure manière d'élargie l'horizon de ce premier article. La meilleure, à mon sens, est encore de donner la parole à celle et ceux qui connaissent certains pans de l'activité d'auteur, afin qu'ils nous racontent, à vous comme à moi, leurs expériences.
Les quatre personnes que j'ai sollicitées ont accepté de répondre à une interview de mon cru. Je vous les présenterai au fur et à mesure de la publication sur ce blog de leurs réponses.

Ce soir, nous commençons par Arnaud Codeville, Web designer et écrivain qui a choisi la voie de l'autoédition pour ses deux premiers romans.

F. Ash - Bonjour, Arnaud, merci de m'accorder cette interview. Pour commencer, peux-tu te présenter ?

A. Codeville - Bonjour à tous, je suis Arnaud CODEVILLE, j’ai 35 ans. Il m’est difficile encore aujourd’hui de me présenter en tant qu’auteur, mais il faudra bien que je m’y fasse un jour J. Je suis donc auteur de romans de terreur/fantastique.



F. Ash - Sur ton site, tu expliques avoir écrit ton premier roman, « La tour de Sélénite » dans le but de faire un cadeau d'anniversaire à ton père. Aujourd'hui, près de deux-mille lecteurs l'ont acheté. Que s'est-il passé entre-temps ?
A. Codeville - Oui d’ailleurs quand je lis ça, j’arrive toujours pas à y croire. J’étais persuadé d'en vendre au maximum une centaine… et là deux mille romans vendus, juste waouh ! Bon ok c’est pas 20 000 non plus, faut pas déconner ni se voiler la face. Je suis assez fier de la performance (oui pour une histoire qui ne devait pas sortir de la sphère familiale)

alors entre temps, j’ai parcouru le Nord-Pas-de-Calais (ou les hauts de France) en long et en large pour la promotion de la Tour. Entre temps, j’ai terminé l’écriture de mon prochain roman « 1974 » qui devrait sortir mi-avril.


F. Ash - Tu as tout de suite fait le choix de l'autoédition. Pourquoi ne pas avoir tenté ta chance auprès des éditeurs ?

A. Codeville - Disons que j’aime me renseigner avant de faire quoi que ce soit. J’ai lu des dizaines de témoignages sur le NET et ailleurs de personnes qui se plaignaient d’avoir eu pas mal de problèmes de soucis avec des maisons d’édition (mauvaises gestions de la diffusion, pas de pub et même certains auteurs n’ont jamais été payés.) Certains me diront : Oui, mais ne se plaignent que les gens mécontents… Ouais, c’est pas faux ! Mais avec tous les moyens dont nous disposons aujourd’hui (surtout internet et ses réseaux sociaux), je n’ai pas cherché plus loin. 

Depuis, on a essayé de me contacter pour être vraiment édité, mais pour l’instant, ça m’éclate de faire ça donc…

"La tour de Sélénite", le premier roman d'Arnaud.


F. Ash - Tu as choisi de travailler directement avec un imprimeur plutôt que d'utiliser les plateformes d'autoédition existantes. C'est plus rentable de travailler comme ça ?
A. Codeville - Oui j’ai peut-être un avantage, c’est que je suis infographiste. Du coup, je crée le bouquin de A à Z (de l’écriture [ouais, faut quand même pas déconner] à la couverture). Et j’ai eu pas mal de contacts avec des imprimeurs. Au début, je me suis même fait arnaquer, mais à force de persévérance, j’ai fini par dénicher un superbe imprimeur ultra pro et pour rien au monde, je ne le lâcherai ! Et oui c’est beaucoup plus rentable de bosser comme ça, mais à une seule condition : faut toujours et toujours travailler. Ne jamais rien relâcher !

F. Ash - Quand j'ai acheté ton roman, je l'ai trouvé au Furet à Villeneuve-d'Ascq. C'est difficile pour un autoédité de placer son livre chez un grand libraire comme le Furet ?
A. Codeville - Encore une fois, je prône l’autoédition, mais jusqu’à une certaine limite. Mon roman a été soumis à une lecture par plusieurs vendeurs. Et il possède toutes les caractéristiques d’un livre dit « édité » (ISBN, prix TTC, etc.)
Je conseillerai à tous les auteurs indépendants (je préfère ce terme) de faire très attention à la couverture de leur livre qui est en général la première chose qu’on regarde sur un livre. Mais aussi aux corrections et à la syntaxe.

F. Ash - Tu vends ton roman sur ton site et via les libraires que tu as convaincus, sans oublier les salons. Peux-tu nous dire lequel de ces canaux fonctionne le mieux pour toi ?
A. Codeville - Clairement c’est via mon site internet et Amazon en ebook que ça marche le mieux. En salon, ce n’est pas évident de vendre son roman, et comme je le dis souvent, je ne suis pas un marchand de tapis, j’ai du mal à alpaguer les gens (en fait, j’ai toujours l’impression de les embêter). Je préfère qu’ils viennent à moi plutôt que de les attraper au vol.

F. Ash - Pendant la période de promotion de La Tour de Sélénite, combien de séances de dédicaces as-tu réalisées ? Est-ce toi qui les demandais, ou étais-tu invité spontanément par des libraires ou des salons ?
A. Codeville - Une bonne vingtaine en moins d’un an. J’ai passé des heures et des heures sur les routes, mais au final l’expérience est énorme ! Quand tu rencontres des gens et qu’ils viennent te parler de ton roman, de tes personnages et que tu sens le même plaisir qu’ils ont eu à lire que moi à l’écrire. Je te jure que ça n’a pas de prix.
La moitié j’ai dû postuler (oui, oui avec une lettre de motivation, et dossier de presse.). Parfois je me suis fait inviter directement (je pense à Chris pour Atrebatia [si tu lis ça, je t’embrasse !]) et enfin échange de plans entre auteurs ^^

F. Ash - Lorsque tu es en dédicace, comment réagissent les gens qui ne te connaissent pas et découvrent que tu es autoédité ?
A. Codeville - Je dirais que seuls les gens qui sont dans le coup savent ce qu’est un autoédité. La plupart ne savent pas ce que c’est et s’en foutent royalement.

F. Ash - Tu fais tout toi-même en ce qui concerne la promotion et la diffusion de tes romans. Est-ce que ça n'alourdit par trop ton emploi du temps ?
A. Codeville - Si, mais c’est le prix à payer pour la diffusion de mon roman. J’ai mis plus de temps à écrire 1974 que la tour pour ces raisons-là.

"1974", le prochain roman d'Arnaud.


F. Ash - Tu paies les impôts et l'URSSAF sur les gains générés par tes romans. As-tu le statut d'autoentrepreneur ?
A. Codeville - Oui, monsieur ^^. Et encore une fois, c’est grâce à l’aide d’une amie auteur qui m’a filé tous les tuyaux pour me retrouver dans les méandres de l’administration. En remerciements, je file à mon tour un coup de main aux auteurs qui souhaitent emprunter le même chemin que moi (qui n’est pas de tout repos bien entendu J)

F. Ash - Est-ce qu'un jour, tu aimerais ne vivre que de ta plume ?
A. Codeville - Au début de la tour, je t’aurais répondu : non impossible, mais aujourd’hui, je prends de plus en plus de plaisir à écrire, raconter enfin mes histoires, les faire partager rencontrer mes lecteurs, donc je te répondrai que si c’est un rêve de vivre de sa plume, alors oui, j’aimerai le vivre !

F. Ash Merci beaucoup Arnaud. Je te souhaite tout le succès que tu mérites avec la Tour de Sélénite et avec ton prochain roman, « 1974 », à paraître le 13 avril 2016. Vous pouvez retrouver Arnaud sur son site : site : www.arnaudcodeville.fr 
et sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/Auteur.ArnaudCODEVILLE/



Interviews de mes invités suivants :
Nadia Coste
Nathalie Bagadey
Agnès Marot

samedi 19 mars 2016

Vivre de sa plume ?

Le salon du livre de Paris a au moins un mérite : il fait parler des auteurs et de leurs conditions de vie. Et le moins qu'on puisse dire, que ce soit à propos du SDL ou de la vie des hommes et femmes qui y exposent, c'est que ça ne vend pas du rêve.
Déjà, l'affiche. Faisons un petit jeu : selon vous, laquelle est le bonne ?

Oui, difficile de se prononcer, je sais :) 


En parlant de ce cher SDL, savez-vous qu'il facture le droit d'entrer à 12€ par personne et prohibe l'entrée en son sein de romans qui n'auraient pas été achetés sur place ?
Sisi, je vous promets que c'est vrai. Tout est dans leur FAQ, y compris une énorme faute d'orthographe.
Voyons ça de plus près, parce que c'est quand même drôle :

> Est-ce que je peux rentrer avec mes livres dans le Salon ? Si oui, dans quelles conditions ? 
Vos livres ne seront pas acceptés sur Livre Paris et devront donc être déposés au vestiaire à l'entrée.
(lequel vestiaire vous sera facturé 2€ par livre si j'en crois les témoignages de quelques téméraires qui y sont allés.)

> Je suis au chômage, y-a-t-il un tarif particulier pour les demandeurs d’emploi ?Il n’existe pas de tarif « Demandeur d’emploi ». Les seules gratuités ou tarifs réduits sont réservés aux jeunes, aux seniors et aux groupes scolaires. 
(t'es chômeur, donc tu n'as pas le temps de lire et, de toute façon, t'as pas une thune pour acheter les bouquins qu'on vend. Casse-toi ! )

> Je suis enseignant ; il y a quelques années, j’avais pu rentrer gratuitement grâce à mon Passeport éducation, pourquoi n’est-ce plus le cas ? 
Nous avions alors noué un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale. Ce partenariat n’éyant pas été reconduit, vous ne pouvez plus accéder gratuitement au Salon avec votre Passeport. 
(En rouge ; la méga-faute de la mort qui fait pas tache du tout. Moralité : fais pas chier et casque ! )

Pour les menus détails de l'organisation, j'ai également ouï dire qu'il n'est pas permis de sortir de la prison... Euh... Du salon plus de 2 fois par jour. Sinon quoi, d'ailleurs ? Il faut casquer 12€ pour avoir le droit de retourner à son stand ? Enfin, si vous voulez un avis autorisé sur la question, je vous renvoie au blog de Cristina Rodriguez et en particulier à cet article.
Je pense que ce n'est pas demain la veille que j'y mettrai les pieds. Même si un jour on m'y invite en tant qu'auteur, d'ailleurs ! 

Bref, revenons aux auteurs. 

Si j'en crois ce que j'ai entendu sur M6 à ce sujet, seuls 150 auteurs en France ne vivraient que de leur plume. 150 sur les 5000 qui sont soumis à l'AGESSA. Et je ne parle pas ici des autres, ceux qui gagnent moins des 8650€ de droits d'auteur et qui sont encore bien plus nombreux.

Vivre de sa plume ? Pas dans un pays où les droits d'auteur sont souvent très réduits. Parfois 4% dans la littérature jeunesse, toujours frappée par une sorte de syndrome de la femme au foyer qui écrit pour ses enfants et se fait publier dans la foulée mais qui, du coup, n'a pas besoin qu'on la rémunère. Oui, nous sommes bien au XXIème siècle, mais je comprends que vous vous soyez posé la question. Des claques qui se perdent, dites-vous ? Oh ! Si peu...


En France, la culture est devenue un secteur secondaire, qui n'intéresse plus du tout les politiques. Enfin sauf quand ils pondent des bouquins pour raconter qu'ils se sont fourvoyés pendant leur dernier mandat, qu'ils s'en excusent, mais qu'il faudra quand même voter pour eux. La littérature ? Qui en a quoi que ce soit à faire ? De toute façon, les vrais grands auteurs adulés par les bobos, ces Hugo, Zola, Ronsard, Verlaine et autres, sont morts. Leurs œuvres sont libres de droit. Alors on s'en fout, pas vrai ?
Oui, nous sommes toujours au XXIème siècle. Je vous préviendrai si ça change.
Car oui, notre pays a connu le siècle des lumières ! Notre pays se gargarise de sa riche littérature qui a fait le tour du monde. Notre pays est, forcément, le pays des écrivains, des penseurs, des génies de la plume. Et puis d'ailleurs, pour la plupart, ces grands écrivains crevaient de faim, écrivaient dans des conditions bien pires qu'aujourd'hui. Ça ne les a pas empêchés d'être auréolés d'une gloire immortelle. C'est sans doute ça, le destin de l'écrivain. Paria de son vivant, mais la postérité lui rendra raison.
Et pour les femmes écrivains, c'est encore mieux ! 
Déjà, grâce à Richelieu, les femmes sont des auteurs. Pas des auteurEs, mais des auteurs. Macho, le cardinal ? Si peu ! 
Ensuite, si une femme a le temps d'écrire des romans, c'est qu'elle ne travaille pas. Sinon comment ferait-elle, puisqu'elle doit faire les courses, la popote, le ménage et s'occuper des enfants ? Non, pas concevable. Si elle peut se permettre d'écrire, c'est qu'elle est une femme au foyer. Donc, que son mari gagne assez d'argent pour le lui permettre. Dès lors, on va la payer pour le principe et parce qu'on n'a pas le choix, mais pas trop. 4% si elle écrit de la littérature jeunesse. 6% pour le reste. Quoi ? Un à-valoir ? Oh, maman, t'as vu la vierge ?
Sisi , XXIème siècle. Tout pareil que depuis le début.

Fort heureusement, si les pratiques que je viens de vous décrire existent et sont largement répandues, il y a des exceptions. Oui, respirez, ça vous fera du bien. Certains éditeurs ont le respect de l'auteur, ne font pas de distinction entre les femmes et les hommes de plume, estiment que le travail mérite salaire correct et à-valoir.



Vous connaissez peut-être des auteures et auteurs qui ont la chance de travailler avec ce genre d'éditeur. Notez le nom de ces maisons et soumettez-leur votre prochain manuscrit.
Ce qui n'empêche que, pour entrer dans le microcosme des 150 auteurs qui ne vivent que de leur plume, il va vous falloir plus qu'un bon éditeur. Quelque chose qui ne se fabrique pas, ni ne se décrète. La chance !
Ce qui sépare un excellent roman d'un excellent roman à succès tient souvent au facteur X. J'irais jusqu'à dire que certains romans a succès ne sont pas d'excellents romans. C'est un autre débat, mais disons que l'excellence n'est pas toujours vecteur de succès en librairie.
Dès lors, si vous attendiez de ma part la clé magique qui ouvre la voie vers les 100.000 exemplaires vendus, je suis au regret de vous informer que je ne la détiens pas. Que personne ne la détient, pas même les auteurs comme Fred Vargas, Amélie Nothomb ou Michel Houellebecq qui atteignent et dépassent ce cap à chaque nouvelle sortie. Il semblerait simplement que, une fois que vous l'avez fait, ça devient plus facile la fois suivante. Parce que votre nom s'ancre dans la mémoire des lecteurs, devenus nombreux et qu'on parle de vous dans la presse généraliste.

Mais voyons les choses comme elles sont.
Dans beaucoup de contrats littéraires existe une clause qui veut que, plus vous vendez, plus votre pourcentage sur ces ventes augmente. Pour un petit nouveau, c'est souvent de 6 à 10%, pour un auteur un peu plus expérimenté, de 8 à 12%. Ces chiffres s'entendent en pourcentage du prix de vente hors taxe de votre roman. Cela ne concerne pas les stars de la littérature ou les ex-compagnes de président de la république. Mais vous n'appartenez sans doute pas à une de ces catégories, n'est-ce pas ?

Tirage initial : 200.000 exemplaires. 

Pour mieux comprendre ce qui vous attend, je vous renvoie à l'excellent article des éditions Humanis.
Vous l'avez lu ? Asseyez-vous, buvez un chocolat chaud, ça va passer.
Oui, 1% de chance de vendre plus de 2000 exemplaires de votre roman. Il vous en faudrait 25 à 30000 pour en tirer un revenu équivalent au salaire médian en France qui est de 2100€ net par mois. En sachant que, pour vendre autant, il vous faudra un éditeur qui travaille avec un gros distributeur. Donc votre chance de voir votre manuscrit accepté, si vous êtes un petit nouveau, sera de 2 à 5%

Vous n'aimez pas ou plus votre job ? Vous pensiez pouvoir le remplacer par le métier d'écrivain ?
J'ai bien peur que ce soit un peu compliqué. En revanche, au fil des années et des romans, vous allez vous faire un petit nom, bâtir un lectorat, vous assurer des revenus réguliers et une plus grand facilité à décrocher des contrats. Peut-être gagnerez-vous dans les 5000€ par an. Peut-être de quoi négocier avec votre employeur la possibilité de ne travailler qu'à 90 ou 80%.

Vivre de sa plume en France ? Dans vos rêves !

samedi 6 février 2016

Je survivrai à la P2 !

État des lieux : la pâte à crêpes repose tranquillement dans son coin, hors de portée de mes fauves. En parlant de fauves, j'en ai un sur les genoux, la gueule et une patte avant posée sur la tablette qui supporte mon clavier. Il est sage comme une image, proche de l'assoupissement, bercé par la musique "Ambient" de Focus@will (encore merci à Lionel Davoust pour cette superbe découverte.)

Beren s'est endormi pendant que j'écrivais cet article ;)

Le moment est idéal pour publier un nouveau billet sur ce blog, que je n'ai plus alimenté depuis trop longtemps. Désolé pour ça, c'est que je n'avais pas grand chose à raconter, me semblait-il.

Nous étions au début du mois d'octobre quand je suis sorti de ma retraite, rempli d'énergie et de motivation. La première chose qui me vint en tête fut la fameuse "phase 2" du cycle de correction d'Essence d'Asphalte. Je l'avais ruminée, repoussée jusqu'à ce que je sois prêt à affronter une fois encore ce manuscrit. Les retours de mes admirables Alphettes, Cyberlune et Mariedelabas, étaient plutôt bons dans l'ensemble, mais pointaient tout de même des détails très gênants. 
Toutefois, je pensais qu'une fois lancé, il ne me faudrait guère plus de temps pour corriger cette ébauche de roman qu'il ne m'en avait fallu pour l'écrire. Donc, sept semaines si je compte le temps de repos (oui, il me faut davantage de repos qu'à ma pâte à crêpe et encore bien plus pour me cuire :) ).

Quelle erreur ! 

Je m'amuse beaucoup à corriger mon roman, mais je m'y épuise aussi. Mon rythme est celui d'un escargot asthmatique. Il m'a fallu trois séances de deux heures pour écrire un seul chapitre, le plus long du manuscrit pour le moment. Il ne pèse pourtant que 20k SEC. Lorsque je rédigeais le premier jet, il m'est arrivé d'écrire 20k SEC en une seule séance d'un temps équivalent.
La découverte de cette affligeante lenteur m'a déplu à un point que je ne saurais dire. J'aime quand ça bouge, quand ça avance à un rythme effréné, quand le métronome tape 3 fois par seconde. 



Impossible à faire quand on corrige. En tout cas, pour moi et avec ma faible expérience.

Tout doit être millimétré, affiné, carré. Cette minutie prend un temps considérable. Heureusement, il semble que le résultat soit à la hauteur, mais nous voilà déjà au début du mois de février, et je n'ai pas encore fini cette diablesse de phase 2. Après le chapitre 49, qui m'a demandé beaucoup de concentration et d'énergie, j'ai calé. C'est que je ne corrige que le matin, généralement de 6h30 à 8h30, avant d'aller travailler. Si j'ajoute à ce temps celui que je passe au boulot, ça me fait des semaines de 47h30. Pas insurmontable, mais éprouvant à la longue.

Mais voici que j'entame quelques jours de vacances bienvenues. Cette fois, je compte bien les mettre à profit pour accélérer le rythme. Il doit me rester quelque chose comme 15 à 20 chapitres à corriger, réécrire ou créer entièrement. Puis viendront le lissage final et l'inévitable passage sous Antidote. Enfin, je pourrai alors confier ce manuscrit remodelé à deux nouveaux bêta-lecteurs, qui se pencheront davantage sur mon style que sur le fond, sauf à ce que celui-ci pose encore des problèmes.



Alors, à toutes celles et tous ceux qui me lisent et s'apprêtent à vivre un expérience similaire, je voudrais vous faire part de mes premières conclusions :
- Si vous avez écrit vite, avec énergie, entrain et inspiration, votre manuscrit s'en ressentira, il sera sans doute plaisant. Mais il comportera aussi son lot d'imperfections que vos Alphas ne manqueront pas de voir. Ne vous échinez pas à cacher la poussière sous le tapis, ça ne fonctionne jamais. Préparez-vous alors à une P2 plutôt longue, mais aussi fatigante qu'enrichissante et parfois exaltante.
- Ne vous fixez surtout pas de date limite si c'est votre première P2. Vous la fixeriez immanquablement en prenant comme référence le temps que vous a pris la rédaction du premier jet. Et, comme moi, vous déchanteriez bien vite !
- Notez tout ce que vous faites, ce que vous modifiez, pourquoi et comment. Si vous effectuez votre cycle sur Cocyclics, votre fil de P2 vous permettra de graver tout ça dans le marbre de la mare. Non seulement ces notes vous serviront pour vos prochains romans, mais en plus, elles vont vous permettre de mesurer le chemin parcouru. Dans les moments de flottement, ça vous remotivera.
- Prenez soin d'avoir suffisamment de détachement émotionnel sur votre roman. Il va sans doute falloir le modifier, le transformer, parfois même réécrire dans pans entiers. Si, comme Cyrano, votre sang se coagule à l'idée qu'on y puisse changer une virgule, ce sera une vraie torture. Et si vous ne vous sentez pas capable de vous détacher de votre manuscrit, alors, laissez-le où il est. Écrivez-en un autre, dans lequel votre degré d'implication sera moindre, et essuyez les plâtres avec celui-ci. Vous reviendrez sur votre roman de cœur plus tard, il sera toujours temps.
- Enfin, si vous avez été aidés par des Alpha-lecteurs, n'oubliez pas qu'ils sont toujours là, présents. Ils ont une vision plus globale et impartiale que vous sur votre oeuvre. En cas de doute, n'hésitez pas à les solliciter, ils vous éviteront bien des erreurs.

Sur ce, il est temps que j'aille faire cuire mes crêpes :) 


mercredi 23 décembre 2015

Projets pour 2016

Après mon bilan de l'année 2015, voilà mes projets pour 2016. Je préfère parler de projets que de résolutions ou d'objectifs. Les résolutions, par expérience personnelle, ça ne tient pas la durée. Quant au terme "objectifs", il sonne trop professionnel à mes oreilles, il me rappelle le boulot. Beurk, donc :) 

En revanche, le terme "projets" a un sens plus positif à mon goût. Il laisse aussi de la place pour quelque chose qui arrive tout le temps : les imprévus. Forcément, quand on ne vit pas de sa plume - et comme dans notre pays, le revenu universel n'est pas au menu - on offre à l'écriture le temps qu'on peut, pas celui qu'on veut.

Bref, assez tergiversé, entrons dans le vif du sujet.

Des romans avant tout.


Je me suis remis à l'écriture avec des nouvelles. Plus courtes, elles permettent de se tester, d'expérimenter divers registres, différents modes de narration. Sans compter que j'aime bien en écrire, tout simplement.
Aujourd'hui, Muse me souffle essentiellement des idées de roman et je ne tiens pas à la contrarier. Elle aura toujours le dernier mot, la lutte est vaine.
Mon premier projet est de finir le cycle d'Essence d'Asphalte. Il me reste à finir la vague de correction en cours, confier la nouvelle mouture à de nouveaux bêta-lecteurs et accomplir une dernière vague de correction. En principe, cette ultime vague devrait être axée sur la forme, même si des ajustements sur le fond ne sont jamais à exclure. J'ai commencé à écrire ce roman en juin 2014 (tout ce temps, déjà !). J'aimerais finir les corrections et avoir un manuscrit prêt pour juin 2016. 

L'an dernier, j'ai aussi été contrarié dans mes projets de nouveaux romans. Ce ne sont pas les idées qui me manquent en la matière ! Non, c'est juste une question de temps dont je n'ai pas pu disposer, ou de motivation (entre juin et septembre 2015, vous comprendrez ça en lisant mon bilan 2015). Il n'empêche que ça me démange de plus en plus. 
Je me soumet toutefois à une contrainte, presque un luxe que je peux m'offrir. Quand j'entame un premier jet, je ne veux pas m'interrompre. Mon rythme d'écriture me permet d'envisager l'écriture d'un roman de 500K SEC en 10 semaines sans forcer. Pendant tout ce temps, je ne veux rien avoir à faire d'autre, pour permettre à ce premier jet d'être aussi riche et vivant que possible.
J'espère pouvoir en écrire un entre l'hiver et le printemps 2016, puis un second cet été. 

Quelques nouvelles en bonus.


Certaines nouvelles que j'ai écrites ne sont pas encore publiées. Il faudra que je les relise, afin d'évaluer le travail qu'il faut fournir pour les améliorer. J'aimerais trouver des Appels à Texte qui leur correspondent, mais ce n'est jamais simple. 
Idéalement, j'aimerais en écrire quelques autres. Disons quatre sur l'année, soit une par trimestre. Mais cela reste un bonus, cette année, les nouvelles ne seront pas ma priorité. 

Bêta-lire d'autres auteurs.

 Merci edelweiss-du-gwendir.blogspot.com pour l'image :)
 

La moindre des choses ! C'est grâce à l'aide que j'ai reçu que mon écriture s'est améliorée. Aujourd'hui, je pense pouvoir être utile aux autres, les aider à mon tour. Sans oublier que j'aime bêta-lire, c'est un bel exercice d'échange de connaissances. Essayez, vous verrez qu'on y prend vite goût :)

"Et puis l'année d'après, je recommencerai..."



La citation des paroles de Daniel Balavoine (Le Chanteur) s'arrête là. Non, non, n'insistez pas, je ne me prostituerai pas pour la postérité !
J'aimerais m'installer dans un rythme d'écriture de deux romans par an. Je parle bien de deux premiers jets, pas de deux romans corrigés et prêts à être proposés à des éditeurs. Vu le travail que cela représente, c'est tout de suite plus long.
Mais j'ai une idée du roulement que je pourrais organiser. Imaginons que j'ai deux premiers jets finis dans mes tiroirs. Le premier (on va l'appeler R1) est fini depuis plusieurs mois. Le second (R2) vient d'être achevé.
Je peux reprendre R1 et le corriger, pendant que je laisse R2 reposer. Une fois ces corrections finies, j'écris un nouveau roman (R3). Puis, je reprends R2 pour le corriger à son tour. Lorsque j'ai fini, si besoin, je reprends R1 pour une nouvelle vague de corrections avant d'attaquer R4. Et ainsi de suite, jusqu'à épuisement de mes idées (qui ont tendance à se reconstituer plus vite que je ne les épuise. Merci Muse ! ) Entre-temps, je m'autorise des pauses, pour aider d'autres auteurs et travailler avec eux sur leurs projets.
Bien sûr, ça reste un schéma idéal, une hypothèse de travail. Avec le temps et l'expérience, je verrai si ce roulement est réalisable ou si je rêve en couleurs.


Et vous, vous prévoyez quoi pour 2016 ?


mardi 22 décembre 2015

Bilan 2015 : correct, mais peut mieux faire.

Ce n'est certes pas avec cet article que je recueillerai la palme de l'originalité, n'est-ce pas ? Mais que voulez-vous, chers lecteurs, le bilan de l'année écoulée est une tradition, au même titre que les Saturnales - transformées en Noël depuis quelques siècles - ou que le réveillon de la saint-sylvestre.

Sans compter que cet exercice est utile. Un point de passage permet toujours de remettre les choses à plat, de voir ce qui fonctionne, ce qui doit être amélioré et ce qu'on peut conserver.

 


L'année 2015 avait commencé sous de bons auspices. Je m'acharnais à corriger Essence d'Asphalte du mieux que je pouvais, suite aux retours reçus par mes deux adorables marraines. Je me suis ensuite mis à hésiter un peu, à attendre avant de passer à l'épate suivante. Il s'agissait de soumettre cette ébauche de roman au regard de quelques dizaines de bêta-lecteurs expérimentés, dans le but d'entamer un nouveau cycle de corrections. En langage cocyclien, ça s'appelle "le cycle de bêta-lecture". 
Il me fallut d'abord m'affranchir de la redoutable épreuve du synopsis. Ou comment démonter en une page tous les beaux mécanismes qu'on a pris tant de soin à échafauder et camoufler. La première tentative fut un lamentable échec, comme prévu. L'aide des grenouilles me fut indispensable pour créer un synopsis qui révèle vraiment mon histoire et la rende intelligible.
Lorsque février fut venu, je me jetai à l'eau, en espérant que le précipice ne soit pas trop profond. Un cycle peut apprendre beaucoup de choses à un auteur, lui permet de prendre de la hauteur par rapport à son texte. Mais l'acceptation n'est pas automatique. La confiance que j'avais pu emmagasiner suite aux retours, globalement positifs, de mes marraines s'est vite effiloché sous le poids de la pression. Je ne sais pas comment j'aurais vécu un refus. Sans doute mal, peut-être très mal, voire excessivement mal. 



Fort heureusement, je ne vis pas passer le mois qui séparait ma requête de son verdict. Outre de nombreuses nouvelles à travailler avant parution, ou pour soumission, j'avais un déménagement à préparer. Le mois passa donc vite, ce qui ne m'empêcha pas de trembler, de temps en temps. 
Le conclusion fut heureuse. Deux adorables bêta-lectrices acceptaient de se pencher sur mon ébauche, de le disséquer sous toutes ses coutures, de l'analyser sous tous ses angles. Là encore, mes craintes ne furent pas vraiment justifiées. J'avais connaissance de ce qui ne fonctionnait pas, en fait. Ce que j'ignorais, c'est que malgré l’opiniâtreté de mes efforts pour les masquer, ces défauts restaient très visibles. 
Je me fis au passage un nouvel ennemi : le DEM. Deux Ex Machina. Traduisez : la-grosse-ficelle-scénaristique-dont-on-pense-qu-elle-est-invisible-mais-qui-est-aussi-flagrante-que-ridicule. Oui, il y avait des DEM dans Essence d'Asphalte. Je partis donc en croisade, décidé à éradiquer ces disgracieux furoncles de mon beau récit.

 Vous vous attendiez à ce que j'illustre le furoncle ? Perdu :)

Puis, les nouvelles me jouèrent un vilain tour. J'avais mis beaucoup d'espoir et de motivation dans l'une d'elles, en visant la publication dans une anthologie qui me tenait à cœur. Lorsque je reçus le refus de l'anthologiste, via un mail type, ma confiance en moi s'effondra. 2015 a été une mauvaise année pour les nouvelles, au contraire de 2014 qui fut plutôt bonne. Il faut dire que j'ai soumis mes récits à des publications bien plus importantes et convoitées. La concurrence y est plus âpre, les refus plus fréquents. Mais ce refus-ci fut sans doute celui de trop.

S'en suivirent plus de trois mois de cessation d'activité littéraire. Je me consacrai à mon beau jardin, à me reposer, à reprendre le sport. Je n'ai ni lu ni écrit jusqu'au mois de septembre et je ne serai pas étonné que certain(e)s aient pu croire que je ne reviendrai pas. En 2014, je m'étais déjà accordé quelques courtes pauses. J'ai le souvenir d'un break de deux semaines, pendant la rédaction d'Essence d'Asphalte. Mais c'était différent, cette fois. Je n'étais pas fatigué, mais démotivé. J'avais besoin de prendre le large. Mon retour à la plume était une évidence, j'ai beaucoup trop travaillé pour abandonner maintenant. En revanche, deux semaines n'auraient pas été suffisantes. Quelque part dans un recoin de mon cerveau, le mois de septembre s'est imposé pour que je m'y remette. Pourquoi ? Peut-être parce que c'est le mois de la rentrée, allez savoir.

 Non, mon repos ne fut pas aussi idyllique. Je n'ai pas la mer dans mon jardin ^^

Et je suis revenu. À un rythme coulé, tranquille, et sans m'éparpiller entre nouvelles et roman. Je suis un mâle, avec une cervelle de mâle, ce qui m'impose de n'accomplir qu'une tâche à la fois. Je me suis donc exclusivement consacré à Essence d'Asphalte et à une nouvelle phase de corrections depuis mon retour. Le roman est en train de changer de visage, de s'approfondir, de s'expurger de bon nombre d'erreurs ou d'approximations. Reste à voir si, en réécrivant, je ne commets pas d'autres impairs. Le chapitre 41 est tombé ce matin. Il m'en reste au moins une vingtaine, peut-être un peu plus, avant d'achever ce travail, tout à la fois passionnant et épuisant. J'aurais voulu finir pour fin décembre, mais ce ne sera pas possible. Fin janvier, probablement. 

Ce qui nous amène, tout naturellement, à l'année à venir. Bien sûr, j'ai des idées, des projets, des envies pour 2016. Mais je vous en parlerai dans un prochain post :) 







samedi 12 décembre 2015

Ne plus écrire en "tell"

Quand j'ai débarqué sur le forum Cocyclics, une des premières choses dont on m'ait parlé, c'est la différence entre le "show" et le "tell".
Pour être plus précis, je ne sais plus quel membre du forum m'a signalé, à propos d'un passage assez long d'une de mes nouvelles de l'époque, que c'était très "tell".
Tell, rien à voir avec Guillaume, j'imagine. me suis-je dit.
Pour autant, impossible de comprendre intuitivement ce que cette chère grenouille voulait me signifier.

Non, on ne parle pas de ce "Tell" là :) 


Le Tell et le Show sont très bien expliqués par de grands auteurs, parmi lesquels mon mentor, Stephen King. Je ne vous citerai pas ses propos, parce qu'ils sont en anglais. Et aussi et surtout parce que je n'arrive plus à mettre la main sur l'article, lu récemment, dans lequel il en parle. Mais je peux vous traduire son propos et sa pensée.
Il dit qu'il ne veut pas qu'on lui raconte (tell) une histoire, mais qu'on lui montre (show) ce qui se passe. 
Toute la différence va donc être dans la forme plutôt que dans le contenu. Par exemple, au lieu de raconter (tell) que ces deux hommes se sont retrouvés au bar du coin et ont longuement discuté en sirotant quelques bières sur le meilleur moyen d'entrer dans cette luxueuse demeure sans déclencher tout l'attirail de sécurité qui la protège, vous pouvez faire vivre (show) leur conversation.




Quand j'évoque le Tell et le Show, je sais qu'il y a des gens sceptiques. Laissez-moi, chers sceptiques, tenter de vous convaincre de l'intérêt de montrer tout ce qui est possible dans un récit, et de reléguer le "tell" a quelques passages occasionnels.

Dans l'exemple de nos deux cambrioleurs, si vous racontez leur discussion, le contenu va être très synthétique. Vous allez sans doute nous expliquer que Tom était convaincu que sa méthode était la bonne, tandis que Fred n'y croyait pas vraiment. Que Tom a dû longuement insister, développer tout un tas d'argument pour convaincre Fred. Finalement, c'est l'envie de pénétrer dans cette luxueuse demeure, un vieux rêve inassouvi de Fred, qui l'a convaincu d'accompagner Tom. Quant à son plan boiteux, il pense pouvoir le faire changer lorsqu'ils seront sur place.

Voilà, ça, c'est du tell. On se fait une idée de l'état d'esprit des deux protagonistes, de leurs motivations, mais ça reste très superficiel. 

Ce serait beaucoup plus vivant de nous faire vivre ce dialogue. On ferait plus ample connaissance avec les deux personnages, on les verrait sourire, grimacer, hausser les sourcils, on pourrait partager la discussion avec eux en s'asseyant sur la tabouret d'à côté, plutôt que de lire un compte-rendu.
Mieux : en show, l'auteur n'a pas à expliquer que Tom insiste. On le lit dans le texte. Idem pour l'envie dévorant de Fred de rentrer dans cette maison. À cette seule idée, son regard pétille et il se pince les lèvres. Il ne peut pas cacher ça à Tom. Mais finalement, Tom n'en profite pas. Tom n'est pas certain de bien comprendre ces indices non-verbaux. En revanche, il sent que c'est le moment pour lui de se taire, de laisser Fred monter en sauce tout seul comme un grand. Et c'est le moment pour l'auteur de nous immerger dans les pensées de Fred, de le faire parler à la première personne en italique.
Sans compter qu'on va rester dans ce bar pendant un certain temps. On va voir ce que les personnages voient, sentir ce qu'ils reniflent, entendre la voix cassée de grave du patron, ce type chauve à la moustache dessinée et sculptée au gel, avec ses tatouages bleus sur les avant-bras et son improbable nœud papillon. 

Le même en plus épais, tatoué, chemise noire et nœud papillon blanc. 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais, au moins sur le papier, je préfères mille fois le deuxième version. Je n'irai pas jusqu'à écrire ce dialogue, ce serait effroyablement prétentieux de ma part. Je ne pense pas avoir assez de talent pour me livrer à ce genre de démonstration.
Toutefois, avec cette ébauche de "Show", je laisse sentir ma patte. C'est toujours plus facile d'imprimer son style, dans une scène en show que dans un passage en Tell. Tout ressort mieux, de manière plus vivante, chaque personnage amène son caractère. En comparaison, le Tell est plus terne. Le vocabulaire variera d'un auteur à l'autre, bien entendu. Mais c'est à peu près tout ce qui pourra changer. Parce que le Tell, en fin de compte, est un exercice didactique. C'est un résumé, il obéit donc à des règles, qui sont autant de points de passages obligatoires. Le Tell enferme l'auteur, alors que le Show le libère.

Alors pourquoi choisir le Tell ? 
Imaginons que notre discussion dans un bar soit une scène centrale du récit. Celle qui détermine le passage à l'acte de Tom à Fred, un moment charnière. Ce postulat interdit de passer la scène en Tell "parce qu'elle n'est pas importante". Non, on ne fait pas d'ellipse dans des moments aussi cruciaux.
Il me semble que le Tell, avec toutes ses privations et ses points à respecter, est sécurisant. C'est balisé, on ne peut pas s'y perdre. 
Je reconnais bien volontiers qu'écrire un dialogue, ça peut faire peur. Car il ne s'agit pas d'aligner les répliques en rang d'oignon. Non. Il faut donner une voix aux personnages, une contenance. Il faut aussi, pour les rendre aussi humain que vous et moi, qu'ils aient des mimiques. Parfois, ils ne diront pas tout ce qu'ils pensant. Ou ne penseront pas tout ce qu'ils disent. Fred sera peut-être distrait par le reflet dans le grand miroir du comptoir qui révèle la superbe brune, assise toute seule et qui ne décolle pas les yeux de la fenêtre. Le gros barman à la moustache d'un autre temps incitera peut-être Tom a parler moins fort, car il aura l'impression qu'il les écoute avec attention en essuyant ses verres. 
Voilà plusieurs détails qui vont rendre la scène vraisemblable, mais à incorporer en quelques pages seulement. C'est très intimidant !
Alors, on peut choisir le casque intégral, la combinaison en kevlar. C'est moche, inconfortable et même étouffant, mais ça donne une sensation de sécurité. 
Ouais.



Mais le jour où il ne s'agira plus simplement de faire du vélo, mais d'enfourcher une grosse bécane, - disons, montrer une fusillade entre Tom et Fred d'un côté et les flics de l'autre, tout en faisant partager leurs émotions et leurs propos, car bien sûr, vous n'escomptez pas nous mettre une scène pareille à la sauce Tell, c'est-ce pas ? - qu'est-ce que vous allez faire ? Déjà, les roulettes, on oublie. Le casque et le kevlar vous les aviez déjà. Vous rajouterez quoi pour vous sentir en sécurité ? Un exosquelette en titane ? L'armure d'Iron Man ?

Oui, au début, quand on fait du show, on se plante. Les dialogues ne sont pas au point, les répliques artificielles, les personnages un peu crispés, caricaturaux. Normal, c'est le début. Eddie Merckx est tombé de sa scelle un paquet de fois avant de réussir à gagner des courses cyclistes. Oui, une chute, ça pique un peu. Mais on s'en relève, on soigne la plaie et on y retourne, fort d'un enseignement supplémentaire.

J'ai remarqué ces jours-ci, en corrigeant Essence d'Asphalte, que je ne parviens plus à écrire plus de quelques lignes en Tell. Je m'ennuie en Tell ! Je peine à aligner les mots, en me disant sans cesse "mais qu'est-ce que je peux faire pour donner de la vie à ce pavé indigeste ?"
Une seule solution : me débrouiller pour passer en show. Là, enfin, je respire, je m'amuse, je me fais plaisir en écrivant. C'est grisant, le show ! Les cheveux au vent et le grognement du moteur dans les oreilles, parce que non, sur les routes littéraires, le porte du casque n'est pas obligatoire. 



Et vous, plutôt show ou plutôt tell ?