jeudi 24 septembre 2015

Le 6ème tournoi des nouvellistes

Pour la 6ème année consécutive, le site Nouveau Monde organise son tournoi des nouvellistes. À ma connaissance, cet événement est unique en son genre sur le web francophone. 



Le concept est somme toute assez simple : présenter aux lecteurs plusieurs nouvelles et les inviter à élire celle qu'ils préfèrent. Pour garantir une certaine impartialité, le jury, composé de sept membres, vote également et sa voix compte pour la moitié des résultats finaux. 

Avec les années et les éditions, ce tournoi est monté en puissance, attirant de plus en plus de lecteurs et d'auteurs. Au début, il n'y avait que 16 nouvelles en lice. Le tournoi débutait par les huitièmes de finale, le récit qui obtenait le plus de votes se qualifiait pour la phase suivante. Maintenant, il y a 32 nouvelles sur la grille de départ, chacune étant l'oeuvre d'un auteur différent. Le tournoi commence donc par un système de pool, avec 4 récits par groupe. Toutes les semaines, les lecteurs sont invités à voter pour un nouveau pool, jusqu'aux huitièmes de finales. En tout, le tournoi dure 23 semaines, ce qui donne une ampleur étonnante à ce tournoi unique.



En plus de ses qualités intrinsèques et de son organisation très réussie, ce tournoi me plaît pour les souvenirs qu'il m'évoque. Lorsque nous étions jeunes et insouciants, avec plusieurs amis auteur, nous avions mis au point notre propre système de tournoi. Hélas, comme nous étions peu nombreux, nous devions voter pour les nouvelles des autres candidats, il n'y avait pas beaucoup de lecteurs seuls. Il faut dire que, contrairement au tournoi des nouvellistes qui a le bon sens de plafonner la taille des récits à 20K SEC, nous lancions dans l'arène tout ce dont nous disposions. Ainsi, des pavés de plusieurs centaines de milliers de SEC étaient proposés à un lectorat que ce format pouvait vite décourager, compte-tenu des qualités balbutiantes de notre prose de l'époque.

Quand j'ai découvert ce tournoi l'an passé, je me suis dit qu'il fallait que j'y prenne part. Pour diverses raisons, je n'ai pas pu m'y inscrire. Cette année, une de mes nouvelles est sélectionnée. J'ai hâte de voir comment le tournoi va se dérouler. Si le public va aimer ma nouvelle. 

En fait, le tournoi a ouvert ses portes le 12 septembre. À cause d'un agenda trop chargé, j'ai manqué la première semaine de compétition, mais je compte bien me rattraper d'ici demain soir et voter pour les nouvelles en lice pour la deuxième semaine. Je vous encourage à en faire autant, d'ailleurs. Les éliminatoires du groupe B se trouvent ici. Je pense que vous apprécierez la qualité des œuvres présentées. Et si vous souhaitez lire les nouvelles de l'an passé, il n'est pas trop tard. Elles ont toutes été regroupées dans deux numéros hors-série de la revue Nouveau Monde. N'hésitez pas, c'est totalement gratuit !



Je profite de cet article pour remercier Aramis Mousquetayre, fondateur de ce site et de cette revue, et instigateur du tournoi, ainsi que les 7 membres du jury qui ont lu près de 60 nouvelles cet été pour sélectionner les 32 participants. C'est un sacré tour de force que vous nous offrez là.

Quant à moi, je reviendrai avec un nouvel article ici pour vous signaler le lancement des votes du groupe dont ma nouvelle "Mort Chronique" fait partie. 

samedi 5 septembre 2015

J'ai testé pour vous : dicter ses récits.

Il n'est pas toujours simple d'écrire à sa guise. Souvent, cela exige de réunir certaines conditions, celle qui revient le plus souvent en tête des prérequis étant le calme. Et quand on est au calme, encore faut-il avoir un clavier ou du papier et un stylo, et la possibilité de s'en servir. 
Je me suis aperçu qu'un des moments où je suis le plus au calme ne réunit pas toutes ces contingences matérielles. C'est quand je suis dans ma voiture, pour aller ou revenir du boulot. Dans de telles conditions, pas question d'écrire. Mais il m'est déjà arrivé de répéter des dialogues, pour me rendre compte de l'impact des répliques à l'oral, avec des résultats satisfaisants. Je gardais dans un coin de ma tête ce qui fonctionnait, et pouvais jeter le reste. 

Oui, on est au calme dans la voiture. (crédits : http://www.greenweez-magazine.com)


Autre point qui a guidé ma démarche : une critique assez récurrente concernant mes récits vient de la sonorité de mes phrases. Il est vrai que je n'y apporte pas une grande attention, ni à l'écriture, ni à la relecture, puisque je ne me relis jamais à voix haute. En dictant mes phrases, si la sonorité est mauvaise, ou même si le rythme n'est pas bon, je me suis dit que je m'en rendrais compte tout de suite.

Enfin, le dernier argument est plus personnel. J'ai toujours cherché le moyen le plus rapide de passer de la pensée au support matériel, pour que les idées gardent toute leur fraîcheur et tout leur impact. Je suis convaincu qu'une des clés de l'intensité d'un récit réside dans ce point. J'ai la chance de taper assez vite (je peux coucher sur le clavier en moyenne 1200 mots à l'heure, avec des points à 1500 quand je n'ai pas trop à m'interrompre pour réfléchir à mes formulations.) Mais mon débit oral est forcément plus rapide que ça, même si, en l'occurrence, je ne l'ai pas mesuré. Ça ne m'a pas semblé utile tant c'est évident.

(crédits : fr.evilox.com)


Restait donc à trouver le matériel qui me permettrait de faire un test potentiellement concluant. J'avais le souvenir de ma vie estudiantine, dans les années 90 (oui, le siècle dernier. Voire le millénaire dernier, si vous y tenez) et des dictaphones qu'on posait devant le bureau des maîtres de conférence dans les amphis. À force de voir des étudiants le faire, j'avais essayé, en me faisant prêter un dictaphone. Le problème était à l'époque de devoir écrire ce qui avait été enregistré. C'était une grosse perte de temps à mes yeux et je pense que cette méthode est surtout efficace pour les gens qui ont une meilleure mémoire auditive que visuelle. 

Près de vingt ans après, c'est différent. Il existe aujourd'hui des logiciels qui permettent de transcrire la parole à l'écrit automatiquement. Certaines médecins s'en servent, les huissiers en sont grand consommateurs, mais tous attestent que ces logiciels, encore imparfaits, nécessitent une relecture attentive pour obtenir un résultat correct. Or, ça tombe très bien, puisqu'il est inconcevable d'écrire un récit sans se relire. 
Restait à contourner le problème financier. Car oui, ces logiciels sont onéreux, et pour un simple test, pas question d'investir le moindre argent. Je me suis alors souvenu de SiRi, une fonctionnalité de mon Iphone, qui permet de dicter des SMS et des les envoyer au correspondant de son choix. Je me suis dit que, si ça fonctionnait pour les SMS, ça devait fonctionner aussi pour d'autres supports écrits. En effet, dans l'application "notes", il existe un mode dictaphone qui reconnait ce que je dis et l'écrit automatiquement. Il comprend même la ponctuation. Quand je dis "virgule", il met la ponctuation. Si je m'appelais Greg et que j'écrivais Achille Talon, cela me poserait un vrai souci. Mais comme je n'ai aucun personnage qui s'appelle "Virgule de Guillemet", tout va bien :)

C'est elle, Virgule de Guillemet (crédits : tmeheust.free.fr)


La note ainsi générée peut ensuite être copiée et collée, envoyée par mail ou, si on possède la suite Polaris Office, mise sous forme de traitement de texte. Comme je n'aime pas Polaris, j'ai choisi de m'envoyer par mail le résultat de ma dictée, pour ensuite le coller sous Word.

Le premier essai auquel je me suis livré consistait à lire un texte déjà écrit, pour me donner une idée du résultat. J'ai lu deux pages de Stephen King à mon Iphone, puis j'ai regardé le résultat. 

Premier constat : il faut bien articuler ! Sinon, M. Iphone saut des mots, ou en crée d'autres, phonétiquement proches. Ceci dit, en adoptant un débit normal, ça fonctionne plutôt bien.
Second constat : les accords ne sont pas toujours bien respectés. Par contre, la conjugaison des verbes ne prête pas trop le flanc à la critique, même s'il faut rester vigilant.
Après trois tentatives, j'ai trouvé le bon débit, la bonne distance entre ma bouche et le micro, et obtenu un résultat toujours imparfait, mais satisfaisant. 

J'ai donc enchaîné avec un second essai : dicter un passage narratif. Pour être plus précis, inventer un passage narratif que j'allais dicter en l'état où il me venait.

Premier constat : sans support visuel, l'élocution en prend un coup ! Forcément, j'ai eu des hésitations sur la construction de mes phrases et ça s'est cruellement fait sentir.
Par exemple, j'ai dit : "Lorsque Jeff pénétra dans la rue, la nuit était sur le point de tomber. Ses pieds foulaient un sol composé de pavés, garnis de chewing-gums collés. Il tremblait de froid mais, vaille que vaille, poursuivait sa marche."
Et M. Iphone a écrit : "Lorsque j'ai fait naître dans la rue, la nuit était sur le point de tomber. C'est pied foulée est insolent composé de pavés, garnie de chewing-gum coller. Il tremble de froid mais poursuivait ça marche."

(crédits : http://lejardindesgifs.centerblog.net)


Oui, moi aussi j'était plié de rire devant ce résultat improbable. Vous remarquerez que "vaille que vaille" a disparu. Après plusieurs essais, j'ai fini par comprendre que M. Iphone ne connaît tout simplement pas cette expression, et ne lui trouve aucun équivalent phonétique. 
Quant au prénom "Jeff", il parvient à le reconnaître avec un peu d'insistance. 

Tout le reste de ce que j'ai dicté (l'équivalent d'une demi-page A4) est a l'avenant de ce court extrait. C'est très drôle, mais pas franchement efficace. Comme M. Iphone saute des mots quand il ne comprend pas ou qu'on va trop vite, certains passages sont tout à fait incompréhensibles et il faut un sacré effort de mémoire pour se souvenir de ce qu'on a dicté pour remplir les blancs. 

J'ai poursuivi mes efforts en dictant d'autres passages, en soignant mon élocution, en m'assurant que M. Iphone notait bien tout ce que je disais. J'ai obtenu de meilleurs résultats en m'arrêtant régulièrement pour vérifier, en réajustant le son de ma voix. Par contre, j'ai perdu pas mal de temps, j'ai dû jongler entre écriture et correction instantanées, ce qui m'a fait perdre le fil de ma narration. 

Je me suis alors imaginé ce que donnerait une séquence de quinze à vingt minutes de dictée, dans ma voiture, sans pouvoir me relire toutes les quatre ou cinq phrases. Un cauchemar ! Un gloubiboulga de mots enchevêtrés, inintelligibles, au milieu desquels je finirais par me perdre. Un casse-tête chinois qui me prendrait un temps fou à résoudre. Bref : une vaste perte de temps.

Deux adeptes du gloubiboulga... Aucun d'eux n'est moi :) (crédits : .wwwreflets.info)


Peut-être qu'avec un logiciel plus abouti, le résultat serait meilleur. J'ai toutefois des doutes assez sérieux quand j'en discute avec des gens qui en font un usage professionnel. Le résultat doit toujours repasser entre les mains de leur secrétaire pour que les fautes soient corrigés et les blancs complétés. 
Sans compter qu'à l'oral, le style s'appauvrit considérablement. Comme tout va plus vite, je me souvenais moins bien de ce que j'avais dicté précédemment. Je commettais donc davantage de répétitions. Privé de support visuel, je proposais des phrases moins travaillées, plus pauvres. Non que je sois un fan des phrases de 65 mots, mais je ne suis pas non plus adepte d'une suite de phrases trop courtes, à la structure répétitive. 

Ainsi s'est achevé mon test. Voici les conclusions que j'en tire, et qui n'engagent que moi :
1- la technologie de mon Iphone n'est pas assez aboutie pour en tirer un résultat exploitable.
2- il faudrait sans doute beaucoup de temps et de concentration pour produire à l'oral un style aussi bon qu'à l'écrit. Donc l'usage en voiture, alors que je dois aussi me concentrer sur la route, est à proscrire. Mais même au calme, dans mon bureau, sans doute par habitude, je préfère encore pianoter sur mon clavier.
3- la relecture et la correction du résultat obtenu sont éprouvantes. Je m'y serais vite épuisé.

Il me semble toutefois qu'avec un logiciel plus perfectionné, le résultat pourrait être intéressant pour des gens dont la vitesse de frappe est vraiment lente. Peut-être même que, dans quelques années, je retenterai moi-même cette expérience et vous livrerai d'autres conclusions. 
En attendant, puisque j'ai fait ce test dans un moment de repos, sans objectif ni pression, j'ai bien ri. La transcription que M. Iphone a fait de certaines de mes phrases est aussi inattendue qu'hilarante. J'aurais probablement eu moins d'humour si j'avais effectué ces tentatives dans un contexte moins décontracté. 

Un humoriste méconnu ;) (credits : www.apple.com)





vendredi 31 juillet 2015

Le silence de la plume.

Depuis que j'ai ouvert ce blog, beaucoup de choses ont été évoquées. Toutes ont leur importance à mes yeux, mais il y en a une, essentielle, dont je ne vous ai jamais parlé : le repos.



Je compare souvent l'écriture et la musique. Les deux ont de nombreux points commun, comme leur richesse, l'importance de leur vocabulaire, les émotions que ces deux arts véhiculent. Or, en musique, le silence est important. Crucial, même. Il peut être de durée plus ou moins brève, mais c'est lui qui permet de respirer. Sans silence, la musique devient vite du bruit.
Quand on écrit, c'est la même chose. Il faut parfois mettre sa plume au repos, la faire taire. 




Il me semble que la plupart des gens qui n'écrivent pas imaginent mal l'énergie que consomme une séance d'écriture. Ce n'est pas comparable à une journée de travail. Au boulot, ou bien à la maison, les tâches sont toujours plus ou moins les mêmes. On s'y habitue, on les fait sans y penser.
Quand on écrit, on doit penser à tout. Les automatismes s'appellent alors des tics de langage et il faut les chasser de sa prose. Aucune séance d'écriture ne ressemble aux autres, excepté si on considère des notions comme l'heure, la régularité, le nombre de mots qu'on s'impose. Cela mis à part, d'une histoire à l'autre, tout change : personnages, contexte, histoire, ambiance, ton de la narration et j'en oublie.

Vous serez donc aussi fatigué en écrivant pendant 2 à 3 heures d'affilée qu'en effectuant une journée de 7 heures de travail. Or, la plupart des auteurs étant des amateurs, ils cumulent travail et écriture, sans compter la vie de famille, les enfants pour celles et ceux qui en ont. Même si la passion donne de l'énergie, il arrive un moment où l'auteur s'essouffle, ne parvient plus à garder sa concentration. Quand tout est flou, le récit devient abscons.



C'est le moment opportun pour imposer le silence à la plume. Simple ? Surement pas ! 
Si je prends le cas des auteurs édités, il peut y avoir des contraintes, comme un roman à remettre pour une date X, ou un BAT à rendre après l'avoir relu très attentivement. L'esprit peut vouloir une pause, mais les conditions sont susceptibles de ne pas le permettre. Sans compter la pression, au demeurant délicieuse, des fans qui attendent la suite.
Pour les auteurs qui ne sont pas soumis à ces contraintes, même si ça peut sembler paradoxal, il y a une forme d'envie de s'y soumettre. Parce que ces contraintes signifient que le roman sur lequel on travaille depuis plusieurs mois ou années va enfin voir le jour, qu'on va le recevoir à la maison, le voir en librairie. On a hâte de vivre ça. On voudrait écarter les obstacles au plus vite, hâter les relectures, les restructurations. La dichotomie qui s'installe entre cet empressement et le besoin de repos rend la prise de décision compliquée. Or, plus on attend, plus on s'épuise et le risque de craquage nerveux s'accroît.




Dans mon cas, ça s'est traduit par une réaction négative lors d'un refus pour une nouvelle, totalement disproportionnée compte-tenu de l'enjeu. En fait, j'aurais dû m'arrêter depuis des mois, mais avec mon fichu caractère, je me suis forcé à poursuivre, à enchaîner les récits et les projets. Me voilà donc au repos complet, et je pense qu'il va me falloir encore quelques semaines pour être parfaitement reposé. Si je m'étais arrêté à temps, en 10 ou 15 jours, je me serais refait une santé. Or, voilà déjà près d'un mois que je n'ai rien écrit et je ne me sens pas encore assez en forme pour m'y remettre.

Donc, si vous sentez la fatigue pointer le bout de son nez, et pour peu que vous n'ayez pas d'obligation, ne tardez pas à obtempérer. Vous n'aurez jamais raison contre les lois que votre organisme vous impose. Vous ne serez pas plus efficace en vous forçant à dépenser une énergie que vous n'avez plus. Respectez le silence de la plume si vous voulez qu'elle continue à virevolter et à gazouiller.

Crédit : www.wallfizz.com


lundi 13 juillet 2015

Jardinier, vraiment ?

On apprend beaucoup de choses en fréquentant d'autres auteurs. C'est mon cas depuis quelques temps, déjà. Entre autres choses, on m'a dit que les auteurs qui ont tendance à ne pas rédiger de plan sont qualifiés de "jardiniers", tandis que ceux qui planifient tout sont appelés "architectes".

Tant que je vivais en appartement, avec de lointains souvenirs de tonte du gazon de la maison de mon père, ça ne me choquait pas. Il est vrai que, pour la tonte des 200m² de pelouse dont j'avais la charge, je ne faisais pas preuve d'une organisation infaillible. Je le faisais quand je trouvais que le gazon devenait trop haut, quand j'avais le temps. Mais étais-je pour autant un jardinier ?

Depuis que j'ai investi la maison, et en particulier le grand jardin de 2000m², garni d'arbres fruitiers, de baies et autres herbes, je me rends compte petit à petit que "jardinier = un peu bordélique", ça ne tient pas la route.

Si j'envisageais mon jardin comme j'envisage mes récits, au feeling, en fonction de mes envies, je planterais mes tomates maintenant. Oui, comme ça, hop. Parce que j'ai envie de tomates. 



J'en vois plusieurs, derrière leurs écrans, qui s'adonnent aux joies du facepalm. Parce qu'ils savent à quel résultat je me trouverais confronté : mes petits plants de tomate commenceraient à pousser, gentiment, puis arriverait le froid automnal. Les plants s'effondreraient et mourraient avant les premières gelées. Quant aux tomates, je serais quitte à aller en acheter au marché. 




Non, quand on veut planter une plante dans son jardin, il faut le faire au bon moment, après avoir préparé le sol et en tenant compte de la météo. Le feeling, dans l'exemple que j'ai cité, réside dans les choix des variétés de tomates qu'on a envie de faire pousser.


J'aimerais donc comprendre pourquoi on tend à dire, en littérature, que les auteurs qui fonctionnent au feeling sont des jardiniers. Surtout qu'on les oppose aux architectes. Un jardinier est forcément un peu architecte. Il doit tenir compte de la composition de sa terre, de l'ensoleillement, du climat de sa région. Parfois même de ce qu'il a planté à tel ou tel endroit les années précédentes !

Bref, tout ça pour dire qu'un jardinier n'est pas quelqu'un de bordélique. Il ne peut pas se le permettre.
Ceci dit, j'accepte volontiers qu'on continue à me qualifier de jardinier. J'adore m'occuper de mon jardin :)



vendredi 26 juin 2015

Trois romans, sinon rien.

Peut-être vous souvenez-vous de mes bonnes résolutions, prises en début d'année 2015 ? Sinon, permettez-moi de vous les rappeler : je voulais passer l'année à écrire trois romans et à corriger Essence d'Asphalte. Les nouvelles devaient être reléguées à des moments de creux, voir mises de côté. J'avais même prévu, quelque part dans un coin de ma tête, mon petit planning : corrections d'EDA en Janvier ou Février, écriture d'un roman et Mars et Avril, d'un second en Juillet et Août, et le troisième en fin d'année, pour coïncider avec le NaNo.

Joli programme, n'est-ce pas ?

crédits : aleanjourney.com


Petit bilan à mi-parcours : je n'ai pas corrigé EDA autant que je l'aurais voulu avant de l'envoyer à mes Alpha-Lectrices, je n'ai écrit aucun nouveau roman, mais j'ai quand même corrigé et/ou écrit quelques nouvelles. 
Je suis donc très très loin de mes objectifs. Je n'écrirai pas trois romans en 2015, ce n'est plus possible matériellement. Pour tout dire, je suis très déçu par moi-même. J'ai l'impression de ne pas avoir fait grand chose depuis ce début d'année, à cause d'une tendance à l'éparpillement qui me conduit à passer beaucoup de temps à me demander ce que je dois faire et, surtout, dans quel ordre.
Il me semble que cette propension est spécifiquement liée aux nouvelles. À vouloir en écrire plusieurs en rafale, je piétine.

Il est donc grand temps que je me ressaisisses. J'aimerais chasser la détestable impression de n'être qu'un scribouillard à l'état végétatif.

 Vous voyez ce que je veux dire... (crédits : soocurious.com)


Quand je me suis remis sérieusement à l'écriture, j'ai commencé par des nouvelles. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'en avoir fait le tour. Le souci, c'est qu'on n'écrit pas un roman comme une nouvelle. On peut faire des événements comme les 24h de la nouvelle, on ne le fera jamais pour les romans. Et j'ai bien peur de ne pas faire partie de ces auteurs qui peuvent créer un roman court ou une novella en une semaine, comme l'a récemment fait Cécile Duquenne avec La Tour.

 Splendide couverture d'Alexandra V. Bach.


Non, pour écrire le premier jet d'un roman, il me faut grosso-modo deux mois. De préférence avec la tête dans le guidon, entièrement absorbé par mon univers, jusqu'à faire corps avec lui. Jusqu'à avoir l'impression que je suis dans le décor que je décris, au milieu de mes personnages. C'est d'ailleurs ce paramètre qui m'a poussé à procrastiner jusqu'ici. Je calibre ma plage d'écriture de roman comme d'autres calibrent le lancement d'un lanceur de satellite dans l'espace. Sans doute est-ce un peu trop !
Après tout, beaucoup d'auteurs écrivent quand ils peuvent, s'octroyant une demi-heure par-ci par-là, quand les enfants sont couchés ou quand le TER a du retard. Leurs romans n'en sont pas moins bons. Si tous ces auteurs peuvent écrire dans des conditions qui ne sont pas optimales, pourquoi pas moi ?

Donc, à partir du mois de juillet, je vais mettre les nouvelles entre parenthèses. Je vais d'abord corriger EDA, puis entamer un nouveau roman, puis un autre... En espérant que d'ici un an, j'ai trois romans écrits à mon actif (ils ne seront pas tous corrigés-propres-nickels-impeccables-prêts-à-être-envoyés-chez-un-éditeur, mais ils seront écrits. ) Si je ne suis pas capable de faire ça, qu'il me soit interdit de me prétendre auteur !
Rendez-moi service : si vous me voyez dévier de cette ligne de conduite, reprenez-moi. Bottez-moi les fesses à coup de Doc Martens. Flagellez-moi avec un glaïeul en aluminium. 

 Ce ne sont pas des glaïeuls, j'ignore s'ils sont en aluminium, mais ça fera l'affaire :) 
(crédits : Ulysse 31)

N'y allez pas de main morte, je suis une bestiole à peau dure. La méthode douce n'a jamais été la plus efficace avec moi, à mon grand regret. Surtout, n'hésitez pas. Ce sera pour mon bien :)



lundi 8 juin 2015

Que faut-il pour espérer être édité ?

J'aime bien quand un de mes articles fait réagir !
Pour celles et ceux qui n'étaient pas là, ce fut le cas samedi, lorsque Xavier a largement commenté mon article sur ce qu'il faut pour écrire une fiction.

Je ne reviendrai pas ici sur le débat autour de Muse. Je pense m'être suffisamment exprimé à ce sujet, et si vous voulez connaître l'avis, documenté et argumenté, de Xavier, allez lire son article.

En revanche, ce cher blondinet a mis le doigt sur un autre point, tout aussi intéressant et qui m'a interpellé. Xavier a dit : "Et donc, pour écrire de la fiction, il (...) savoir sa grammaire" ? (...) c'est tirer un trait rouge sur ce qui fait réellement un bon texte, et qui justement se cache réellement derrière ce "muse", tout le vrai procédé créatif : travailler le rythme, la montée de la tension, les enjeux et les risques, l'appropriation des personnages, la narration au service de l'histoire, les idées originales ou originalement remodelées, réassemblées, recombinées, etc. etc. La grammaire et l'orthographe, tu peux t'autoriser quelques lacunes, les éditeurs ont des correcteurs pour ça ; mais si ton histoire n'est pas bonne, l'éditeur t'enverra bouler"



Ce n'était pas l'objet de mon article - je ne parlais que d'écrire une fiction, même pas une "bonne" fiction - mais tout ceci est très vrai. Alors, puisque le sujet est lancé, creusons-le un peu.

Ou plutôt, laissons ceux qui savent de quoi ils parlent en disserter. Car pour ma part, je vous ai déjà dit à peu près tout ce que je sais dans de précédents articles. Pour le moment, j'ai eu l'honneur de voir 5 de mes nouvelles publiées, mais pas encore de roman. Je compte que cela vienne un jour prochain et j'y travaille, mais je ne suis pas capable de vous donner des conseils fiables à 100% à ce sujet.

En revanche, je peux partager mes sources avec vous ! Plusieurs auteurs ont distillé dans leurs blogs des conseils très judicieux, basés sur leurs expériences.


Un auteur expérimenté, mais qui n'a pas de blog ;(


Je vous invite donc à éplucher le blog de Tonton Beorn, riche de conseils et d'informations. Paul Beorn sait de quoi il parle puisque son 7ème roman - Le Septième Guerrier-Mage - vient de sortir chez Bragelonne.

Passez aussi rendre visite à Agnès Marot, auteur de l'excellent roman De L'autre Côté Du Mur et éditrice indépendante, qui a récemment organisé sur son blog toute une rubrique dédiée à l'écriture, dans laquelle cette talentueuse jeune femme explique ce qui fonctionne pour elle et fait part de ses ressentis. Ne vous privez pas d'explorer les autres rubriques de son blog :) et découvrez son oeuvre.

Vous trouverez également de nombreux et judicieux conseils sur le blog de Lise Syven - auteur entre autre de La Balance Brisée qui comporte aussi une rubrique dédiée à l'écriture. Là aussi, donnez-vous le temps de lire les autres rubriques, pour faire connaissance avec ses romans, ce serait dommage de les rater.

Le très bon site Espaces Comprises vous offrira conseils et témoignages intéressants. Si vous ne savez pas comment concevoir un récit, par exemple, essayez la méthode du flocon, ce ne sera de toute façon pas une perte de temps.

Cindy Van Wilder, auteur des Outrepasseurs et récipiendaire en 2014 du prix des imaginales du roman pour la jeunesse, tient également un blog très intéressant. Elle y a créé une page complète de ressources pour les auteurs.

Enfin, pour savoir un maximum de choses sur le monde de l'édition avec une bonne pointe de cynisme, je vous conseille le blog de Stoni. Toutefois, sachez que Stoni n'appartient pas au monde de la SFFF et n'en connaît pas les spécificités. Ses critères d'évaluation d'un bon éditeur, en fonction de son distributeur, sont donc à prendre entre parenthèses (même s'il est clair qu'un éditeur bien distribué est toujours un plus, en SFFF, certains éditeurs ont un beau succès et une certaine aura sans être distribués.)



Voilà, vous avez déjà de quoi faire. Bien sûr, si vous avez d'autres sources, d'autres blogs ou sites à conseiller, profitez de la rubrique "commentaires" pour en faire part, c'est toujours un plaisir pour moi d'élargir mon horizon - et ça servira à toutes celles et tous ceux qui passeront par ici.

Si je n'avais qu'un seul conseil à marteler, ce serait le suivant : écrivez. Encore et encore, aussi souvent que vous le pouvez. L'écriture est une discipline à part entière. Elle requière méthode et entraînement, comme un sport qu'on voudrait pratiquer à haut niveau. L'avantage, par rapport au sport, c'est qu'on peut rester au sommet de son art jusqu'à un âge canonique. Mais n'allez pas croire que ce soit moins fatigant :)





samedi 6 juin 2015

Que faut-il pour écrire une fiction ?

Suite à mon dernier article, où j'affirme que le don de l'écriture n'existe pas, vous avez été nombreuses et nombreux à réagir, ici ou sur Facebook. Des réactions sensées, qui m'incitent à penser que je n'ai pas été assez exhaustif. 
Je vais donc compléter mon propos. Considérez ce nouvel article comme une préquelle du précédent (mais vous pouvez lire les deux dans l'ordre qui vous plaira, tant que vous parcourez ces lignes de gauche à droite et de haut en bas :) )

Je vais commencer par répondre à la remarque pleine de sens d'Alex Evans : oui, on parle bien ici d'écrire une fiction. Rédiger des articles de presse, des guides touristiques, des livres d'histoire ou tout ce qui n'est pas de l'ordre du roman est une autre tâche, qui ne fait pas appel aux mêmes qualités. Je ne vais pas prendre le risque de m'aventurer sur ces terrains que je ne maîtrise pas. Des milliers d'autres auteurs sauront le faire à ma place. Comme tu le disais, Alex, écrire une fiction (fut-elle SFFF ou pas, d'ailleurs) requière de l'imagination. 

L'imagination, c'est cette aptitude qu'on possède tous à transcender les frontières du réel pour créer autre chose. 
Pourtant, je vais faire ici une distinction entre l'imagination contrôlée et l'imagination débordante. On utilise l'imagination contrôlée pour rassembler des souvenirs et les utiliser pour créer une autre réalité. Que se serait-il passé, par exemple, si au lieu de prendre les maths comme matière au rattrapage j'avais pris l'anglais ? De là, je peux échafauder un scénario alternatif, admettant que je n'aurai alors pas dû redoubler ma terminale, et je vous passe le reste. Mais vous voyez le principe : ce scénario, je le bâtis sur la base d'une réalité existante dont je me souviens, et j'y pense consciemment.
L'imagination débordante, elle, s'invite toute seule. C'est elle que j'appelle "Muse". 
Puisqu'on parle de Muse, et pour répondre à Xavier, il ne s'agit pas ici de mythes grecs. J'emploie le terme "Muse" par confort, et pour personnifier le mécanisme mental qui fait que des idées me viennent à l'esprit subitement, sans que j'ai produit le moindre effort conscient pour qu'elles arrivent. Vous conviendrez que c'est plus simple dire Muse que "le mécanisme mental..."
Cette Muse est aussi envahissante qu'indispensable. Sans elle, point de fiction ! La plupart des auteurs que je connaisse sont pris d'assaut régulièrement par Muse, qui peut arriver sans crier gare à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Mais c'est elle qui nous donne la matière première de toute fiction : l'idée du récit. Nous sommes donc tenus de la traiter avec respect et de lui tendre l'oreille quand elle se manifeste. Si vous ne disposez pas de cette matière première, il vous sera très difficile de penser une histoire et, par voie de conséquence, d'avoir envie de la raconter. 

Il y a toutefois une chose au moins aussi importante que l'imagination pour écrire un récit : la maîtrise de la langue dans laquelle on s'exprime. Je ne parlerai pas ici de vocabulaire, déjà parce que chacun a le sien, mais aussi parce qu'il n'est pas indispensable de connaître tout le dictionnaire par cœur pour être un bon auteur. En revanche, vous ne pouvez pas vous offrir le luxe de cracher sur les bases de la langue que sont la grammaire et l'orthographe. Ne me dites pas que la grammaire vous barbe et vous a toujours barbé, ou bien que quand vous écrivez par SMS : "'lut miss, tkt sava trankill, bizz" on vous comprend quand même. 
Ici, on parle de littérature. Donc, de faire des phrases propres et construites selon les règles en vigueur, et d'orthographier correctement les mots que vous employez.
Vous n'êtes pas doué à ce petit jeu-là ? J'ai une bonne nouvelle pour vous : on apprend à tout âge ! Payez vous des Bescherelle et apprenez. Offrez vous Antidote, il corrigera une bonne partie de vos erreurs (attention, je n'ai pas dit "toutes vos erreurs". Aussi évolué que soit ce logiciel, il reste perfectible.)
Permettez-moi de vous confier un petit secret : plus jeune, je n'aimais pas la grammaire. En particulier ses termes barbares et ses formes les plus tordues. En revanche, je n'ai jamais été mauvais en orthographe. Quand je me suis mis à prendre la plume et à le faire avec soin et application, j'ai vite compris que mes lacunes en grammaire posaient quelques problèmes. Déjà à mes lecteurs, qui butaient sur mes fautes d'accord comme on se prend les pieds dans le tapis de la salle de bain le matin, quand il est un peu trop tôt. Ensuite à moi, qui n'osait plus m'aventurer trop loin dans les formes tarabiscotées, par peur de me rater. J'ai donc simplifié ma prose, presque à l'extrême, pour arriver à des phrases de type "sujet + verbe + complément." Croyez-moi sur parole, cette structure ne produit pas une littérature très riche et, encore moins, captivante.
J'ai donc pris mon courage à deux mains et me suis replongé sur le fonctionnement des accords. Sans être maître en ce domaine, je m'en sors maintenant correctement. Voilà qui me permet de varier mes structures et de ne plus avoir peur des inversions de sujet ou autres figures grammaticales qui permettent de varier les plaisirs.
Quand on écrit un récit, on s'adresse à un public. Peu importe que le lectorat se limite au conjoint, aux parents, à la tante qui vit  la campagne ou aux voisins, un lecteur est un lecteur. Le moindre des respects qu'on puisse lui témoigner, lui qui accepte de lire notre prose d'amateur, parfois hésitante et incertaine, c'est de lui proposer un récit dépourvu de fautes. À mes yeux, c'est une marque de politesse. Traitez-moi de vieux-jeu autant que vous voulez, je n'en démordrai pas.
Bien sûr, on a beau se relire attentivement, on laisse toujours passer des petites coquilles. Mais à la lecture, on ressent vite la différente entre un texte qui a été relu et corrigé, mais dont l'auteur n'a pas pu voir toutes les fautes et un texte qui n'a pas fait l'objet de la moindre attention. La densité de fautes à la ligne carrée n'est pas comparable ! Et je comprends la réaction de Magali, qui m'a fait remarquer que je n'avais pas aborder ce thème dans mon précédent article. Magali fait partie d'un comité de lecture. Elle reçoit des nouvelles à longueur d'année. Son rôle est de les lire, voir celles qui ont du potentiel ou pas, qui sont publiables ou pas. J'imagine qu'elle a autant de moments de plaisir, portée par un récit agréable, prenant et bien rédigé, que de moments de désespoir, engluée dans des lignes mal orthographiées, où les règles du français sont bafouées. 

Désolé pour ce long laïus sur l'orthographe et la grammaire, mais ça me tenait à cœur. 

Donc, que faut-il pour écrire une fiction ? De l'imagination et, pour résumer, une bonne dose d'investissement personnel. Écrire, se relire, se corriger, se faire lire, écouter les critiques - positives et négatives - prendre du recul, retravailler, améliorer, encore et encore jusqu'à ce que le récit soit satisfaisant. Ce sont des habitudes à prendre, des réflexes à acquérir.
Quand on est motivé, on s'y fait très vite. On peut même y prendre plaisir.
Dans le cas contraire, je pense qu'on passe vite à autre chose ;)