vendredi 31 juillet 2015

Le silence de la plume.

Depuis que j'ai ouvert ce blog, beaucoup de choses ont été évoquées. Toutes ont leur importance à mes yeux, mais il y en a une, essentielle, dont je ne vous ai jamais parlé : le repos.



Je compare souvent l'écriture et la musique. Les deux ont de nombreux points commun, comme leur richesse, l'importance de leur vocabulaire, les émotions que ces deux arts véhiculent. Or, en musique, le silence est important. Crucial, même. Il peut être de durée plus ou moins brève, mais c'est lui qui permet de respirer. Sans silence, la musique devient vite du bruit.
Quand on écrit, c'est la même chose. Il faut parfois mettre sa plume au repos, la faire taire. 




Il me semble que la plupart des gens qui n'écrivent pas imaginent mal l'énergie que consomme une séance d'écriture. Ce n'est pas comparable à une journée de travail. Au boulot, ou bien à la maison, les tâches sont toujours plus ou moins les mêmes. On s'y habitue, on les fait sans y penser.
Quand on écrit, on doit penser à tout. Les automatismes s'appellent alors des tics de langage et il faut les chasser de sa prose. Aucune séance d'écriture ne ressemble aux autres, excepté si on considère des notions comme l'heure, la régularité, le nombre de mots qu'on s'impose. Cela mis à part, d'une histoire à l'autre, tout change : personnages, contexte, histoire, ambiance, ton de la narration et j'en oublie.

Vous serez donc aussi fatigué en écrivant pendant 2 à 3 heures d'affilée qu'en effectuant une journée de 7 heures de travail. Or, la plupart des auteurs étant des amateurs, ils cumulent travail et écriture, sans compter la vie de famille, les enfants pour celles et ceux qui en ont. Même si la passion donne de l'énergie, il arrive un moment où l'auteur s'essouffle, ne parvient plus à garder sa concentration. Quand tout est flou, le récit devient abscons.



C'est le moment opportun pour imposer le silence à la plume. Simple ? Surement pas ! 
Si je prends le cas des auteurs édités, il peut y avoir des contraintes, comme un roman à remettre pour une date X, ou un BAT à rendre après l'avoir relu très attentivement. L'esprit peut vouloir une pause, mais les conditions sont susceptibles de ne pas le permettre. Sans compter la pression, au demeurant délicieuse, des fans qui attendent la suite.
Pour les auteurs qui ne sont pas soumis à ces contraintes, même si ça peut sembler paradoxal, il y a une forme d'envie de s'y soumettre. Parce que ces contraintes signifient que le roman sur lequel on travaille depuis plusieurs mois ou années va enfin voir le jour, qu'on va le recevoir à la maison, le voir en librairie. On a hâte de vivre ça. On voudrait écarter les obstacles au plus vite, hâter les relectures, les restructurations. La dichotomie qui s'installe entre cet empressement et le besoin de repos rend la prise de décision compliquée. Or, plus on attend, plus on s'épuise et le risque de craquage nerveux s'accroît.




Dans mon cas, ça s'est traduit par une réaction négative lors d'un refus pour une nouvelle, totalement disproportionnée compte-tenu de l'enjeu. En fait, j'aurais dû m'arrêter depuis des mois, mais avec mon fichu caractère, je me suis forcé à poursuivre, à enchaîner les récits et les projets. Me voilà donc au repos complet, et je pense qu'il va me falloir encore quelques semaines pour être parfaitement reposé. Si je m'étais arrêté à temps, en 10 ou 15 jours, je me serais refait une santé. Or, voilà déjà près d'un mois que je n'ai rien écrit et je ne me sens pas encore assez en forme pour m'y remettre.

Donc, si vous sentez la fatigue pointer le bout de son nez, et pour peu que vous n'ayez pas d'obligation, ne tardez pas à obtempérer. Vous n'aurez jamais raison contre les lois que votre organisme vous impose. Vous ne serez pas plus efficace en vous forçant à dépenser une énergie que vous n'avez plus. Respectez le silence de la plume si vous voulez qu'elle continue à virevolter et à gazouiller.

Crédit : www.wallfizz.com


lundi 13 juillet 2015

Jardinier, vraiment ?

On apprend beaucoup de choses en fréquentant d'autres auteurs. C'est mon cas depuis quelques temps, déjà. Entre autres choses, on m'a dit que les auteurs qui ont tendance à ne pas rédiger de plan sont qualifiés de "jardiniers", tandis que ceux qui planifient tout sont appelés "architectes".

Tant que je vivais en appartement, avec de lointains souvenirs de tonte du gazon de la maison de mon père, ça ne me choquait pas. Il est vrai que, pour la tonte des 200m² de pelouse dont j'avais la charge, je ne faisais pas preuve d'une organisation infaillible. Je le faisais quand je trouvais que le gazon devenait trop haut, quand j'avais le temps. Mais étais-je pour autant un jardinier ?

Depuis que j'ai investi la maison, et en particulier le grand jardin de 2000m², garni d'arbres fruitiers, de baies et autres herbes, je me rends compte petit à petit que "jardinier = un peu bordélique", ça ne tient pas la route.

Si j'envisageais mon jardin comme j'envisage mes récits, au feeling, en fonction de mes envies, je planterais mes tomates maintenant. Oui, comme ça, hop. Parce que j'ai envie de tomates. 



J'en vois plusieurs, derrière leurs écrans, qui s'adonnent aux joies du facepalm. Parce qu'ils savent à quel résultat je me trouverais confronté : mes petits plants de tomate commenceraient à pousser, gentiment, puis arriverait le froid automnal. Les plants s'effondreraient et mourraient avant les premières gelées. Quant aux tomates, je serais quitte à aller en acheter au marché. 




Non, quand on veut planter une plante dans son jardin, il faut le faire au bon moment, après avoir préparé le sol et en tenant compte de la météo. Le feeling, dans l'exemple que j'ai cité, réside dans les choix des variétés de tomates qu'on a envie de faire pousser.


J'aimerais donc comprendre pourquoi on tend à dire, en littérature, que les auteurs qui fonctionnent au feeling sont des jardiniers. Surtout qu'on les oppose aux architectes. Un jardinier est forcément un peu architecte. Il doit tenir compte de la composition de sa terre, de l'ensoleillement, du climat de sa région. Parfois même de ce qu'il a planté à tel ou tel endroit les années précédentes !

Bref, tout ça pour dire qu'un jardinier n'est pas quelqu'un de bordélique. Il ne peut pas se le permettre.
Ceci dit, j'accepte volontiers qu'on continue à me qualifier de jardinier. J'adore m'occuper de mon jardin :)



vendredi 26 juin 2015

Trois romans, sinon rien.

Peut-être vous souvenez-vous de mes bonnes résolutions, prises en début d'année 2015 ? Sinon, permettez-moi de vous les rappeler : je voulais passer l'année à écrire trois romans et à corriger Essence d'Asphalte. Les nouvelles devaient être reléguées à des moments de creux, voir mises de côté. J'avais même prévu, quelque part dans un coin de ma tête, mon petit planning : corrections d'EDA en Janvier ou Février, écriture d'un roman et Mars et Avril, d'un second en Juillet et Août, et le troisième en fin d'année, pour coïncider avec le NaNo.

Joli programme, n'est-ce pas ?

crédits : aleanjourney.com


Petit bilan à mi-parcours : je n'ai pas corrigé EDA autant que je l'aurais voulu avant de l'envoyer à mes Alpha-Lectrices, je n'ai écrit aucun nouveau roman, mais j'ai quand même corrigé et/ou écrit quelques nouvelles. 
Je suis donc très très loin de mes objectifs. Je n'écrirai pas trois romans en 2015, ce n'est plus possible matériellement. Pour tout dire, je suis très déçu par moi-même. J'ai l'impression de ne pas avoir fait grand chose depuis ce début d'année, à cause d'une tendance à l'éparpillement qui me conduit à passer beaucoup de temps à me demander ce que je dois faire et, surtout, dans quel ordre.
Il me semble que cette propension est spécifiquement liée aux nouvelles. À vouloir en écrire plusieurs en rafale, je piétine.

Il est donc grand temps que je me ressaisisses. J'aimerais chasser la détestable impression de n'être qu'un scribouillard à l'état végétatif.

 Vous voyez ce que je veux dire... (crédits : soocurious.com)


Quand je me suis remis sérieusement à l'écriture, j'ai commencé par des nouvelles. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'en avoir fait le tour. Le souci, c'est qu'on n'écrit pas un roman comme une nouvelle. On peut faire des événements comme les 24h de la nouvelle, on ne le fera jamais pour les romans. Et j'ai bien peur de ne pas faire partie de ces auteurs qui peuvent créer un roman court ou une novella en une semaine, comme l'a récemment fait Cécile Duquenne avec La Tour.

 Splendide couverture d'Alexandra V. Bach.


Non, pour écrire le premier jet d'un roman, il me faut grosso-modo deux mois. De préférence avec la tête dans le guidon, entièrement absorbé par mon univers, jusqu'à faire corps avec lui. Jusqu'à avoir l'impression que je suis dans le décor que je décris, au milieu de mes personnages. C'est d'ailleurs ce paramètre qui m'a poussé à procrastiner jusqu'ici. Je calibre ma plage d'écriture de roman comme d'autres calibrent le lancement d'un lanceur de satellite dans l'espace. Sans doute est-ce un peu trop !
Après tout, beaucoup d'auteurs écrivent quand ils peuvent, s'octroyant une demi-heure par-ci par-là, quand les enfants sont couchés ou quand le TER a du retard. Leurs romans n'en sont pas moins bons. Si tous ces auteurs peuvent écrire dans des conditions qui ne sont pas optimales, pourquoi pas moi ?

Donc, à partir du mois de juillet, je vais mettre les nouvelles entre parenthèses. Je vais d'abord corriger EDA, puis entamer un nouveau roman, puis un autre... En espérant que d'ici un an, j'ai trois romans écrits à mon actif (ils ne seront pas tous corrigés-propres-nickels-impeccables-prêts-à-être-envoyés-chez-un-éditeur, mais ils seront écrits. ) Si je ne suis pas capable de faire ça, qu'il me soit interdit de me prétendre auteur !
Rendez-moi service : si vous me voyez dévier de cette ligne de conduite, reprenez-moi. Bottez-moi les fesses à coup de Doc Martens. Flagellez-moi avec un glaïeul en aluminium. 

 Ce ne sont pas des glaïeuls, j'ignore s'ils sont en aluminium, mais ça fera l'affaire :) 
(crédits : Ulysse 31)

N'y allez pas de main morte, je suis une bestiole à peau dure. La méthode douce n'a jamais été la plus efficace avec moi, à mon grand regret. Surtout, n'hésitez pas. Ce sera pour mon bien :)



lundi 8 juin 2015

Que faut-il pour espérer être édité ?

J'aime bien quand un de mes articles fait réagir !
Pour celles et ceux qui n'étaient pas là, ce fut le cas samedi, lorsque Xavier a largement commenté mon article sur ce qu'il faut pour écrire une fiction.

Je ne reviendrai pas ici sur le débat autour de Muse. Je pense m'être suffisamment exprimé à ce sujet, et si vous voulez connaître l'avis, documenté et argumenté, de Xavier, allez lire son article.

En revanche, ce cher blondinet a mis le doigt sur un autre point, tout aussi intéressant et qui m'a interpellé. Xavier a dit : "Et donc, pour écrire de la fiction, il (...) savoir sa grammaire" ? (...) c'est tirer un trait rouge sur ce qui fait réellement un bon texte, et qui justement se cache réellement derrière ce "muse", tout le vrai procédé créatif : travailler le rythme, la montée de la tension, les enjeux et les risques, l'appropriation des personnages, la narration au service de l'histoire, les idées originales ou originalement remodelées, réassemblées, recombinées, etc. etc. La grammaire et l'orthographe, tu peux t'autoriser quelques lacunes, les éditeurs ont des correcteurs pour ça ; mais si ton histoire n'est pas bonne, l'éditeur t'enverra bouler"



Ce n'était pas l'objet de mon article - je ne parlais que d'écrire une fiction, même pas une "bonne" fiction - mais tout ceci est très vrai. Alors, puisque le sujet est lancé, creusons-le un peu.

Ou plutôt, laissons ceux qui savent de quoi ils parlent en disserter. Car pour ma part, je vous ai déjà dit à peu près tout ce que je sais dans de précédents articles. Pour le moment, j'ai eu l'honneur de voir 5 de mes nouvelles publiées, mais pas encore de roman. Je compte que cela vienne un jour prochain et j'y travaille, mais je ne suis pas capable de vous donner des conseils fiables à 100% à ce sujet.

En revanche, je peux partager mes sources avec vous ! Plusieurs auteurs ont distillé dans leurs blogs des conseils très judicieux, basés sur leurs expériences.


Un auteur expérimenté, mais qui n'a pas de blog ;(


Je vous invite donc à éplucher le blog de Tonton Beorn, riche de conseils et d'informations. Paul Beorn sait de quoi il parle puisque son 7ème roman - Le Septième Guerrier-Mage - vient de sortir chez Bragelonne.

Passez aussi rendre visite à Agnès Marot, auteur de l'excellent roman De L'autre Côté Du Mur et éditrice indépendante, qui a récemment organisé sur son blog toute une rubrique dédiée à l'écriture, dans laquelle cette talentueuse jeune femme explique ce qui fonctionne pour elle et fait part de ses ressentis. Ne vous privez pas d'explorer les autres rubriques de son blog :) et découvrez son oeuvre.

Vous trouverez également de nombreux et judicieux conseils sur le blog de Lise Syven - auteur entre autre de La Balance Brisée qui comporte aussi une rubrique dédiée à l'écriture. Là aussi, donnez-vous le temps de lire les autres rubriques, pour faire connaissance avec ses romans, ce serait dommage de les rater.

Le très bon site Espaces Comprises vous offrira conseils et témoignages intéressants. Si vous ne savez pas comment concevoir un récit, par exemple, essayez la méthode du flocon, ce ne sera de toute façon pas une perte de temps.

Cindy Van Wilder, auteur des Outrepasseurs et récipiendaire en 2014 du prix des imaginales du roman pour la jeunesse, tient également un blog très intéressant. Elle y a créé une page complète de ressources pour les auteurs.

Enfin, pour savoir un maximum de choses sur le monde de l'édition avec une bonne pointe de cynisme, je vous conseille le blog de Stoni. Toutefois, sachez que Stoni n'appartient pas au monde de la SFFF et n'en connaît pas les spécificités. Ses critères d'évaluation d'un bon éditeur, en fonction de son distributeur, sont donc à prendre entre parenthèses (même s'il est clair qu'un éditeur bien distribué est toujours un plus, en SFFF, certains éditeurs ont un beau succès et une certaine aura sans être distribués.)



Voilà, vous avez déjà de quoi faire. Bien sûr, si vous avez d'autres sources, d'autres blogs ou sites à conseiller, profitez de la rubrique "commentaires" pour en faire part, c'est toujours un plaisir pour moi d'élargir mon horizon - et ça servira à toutes celles et tous ceux qui passeront par ici.

Si je n'avais qu'un seul conseil à marteler, ce serait le suivant : écrivez. Encore et encore, aussi souvent que vous le pouvez. L'écriture est une discipline à part entière. Elle requière méthode et entraînement, comme un sport qu'on voudrait pratiquer à haut niveau. L'avantage, par rapport au sport, c'est qu'on peut rester au sommet de son art jusqu'à un âge canonique. Mais n'allez pas croire que ce soit moins fatigant :)





samedi 6 juin 2015

Que faut-il pour écrire une fiction ?

Suite à mon dernier article, où j'affirme que le don de l'écriture n'existe pas, vous avez été nombreuses et nombreux à réagir, ici ou sur Facebook. Des réactions sensées, qui m'incitent à penser que je n'ai pas été assez exhaustif. 
Je vais donc compléter mon propos. Considérez ce nouvel article comme une préquelle du précédent (mais vous pouvez lire les deux dans l'ordre qui vous plaira, tant que vous parcourez ces lignes de gauche à droite et de haut en bas :) )

Je vais commencer par répondre à la remarque pleine de sens d'Alex Evans : oui, on parle bien ici d'écrire une fiction. Rédiger des articles de presse, des guides touristiques, des livres d'histoire ou tout ce qui n'est pas de l'ordre du roman est une autre tâche, qui ne fait pas appel aux mêmes qualités. Je ne vais pas prendre le risque de m'aventurer sur ces terrains que je ne maîtrise pas. Des milliers d'autres auteurs sauront le faire à ma place. Comme tu le disais, Alex, écrire une fiction (fut-elle SFFF ou pas, d'ailleurs) requière de l'imagination. 

L'imagination, c'est cette aptitude qu'on possède tous à transcender les frontières du réel pour créer autre chose. 
Pourtant, je vais faire ici une distinction entre l'imagination contrôlée et l'imagination débordante. On utilise l'imagination contrôlée pour rassembler des souvenirs et les utiliser pour créer une autre réalité. Que se serait-il passé, par exemple, si au lieu de prendre les maths comme matière au rattrapage j'avais pris l'anglais ? De là, je peux échafauder un scénario alternatif, admettant que je n'aurai alors pas dû redoubler ma terminale, et je vous passe le reste. Mais vous voyez le principe : ce scénario, je le bâtis sur la base d'une réalité existante dont je me souviens, et j'y pense consciemment.
L'imagination débordante, elle, s'invite toute seule. C'est elle que j'appelle "Muse". 
Puisqu'on parle de Muse, et pour répondre à Xavier, il ne s'agit pas ici de mythes grecs. J'emploie le terme "Muse" par confort, et pour personnifier le mécanisme mental qui fait que des idées me viennent à l'esprit subitement, sans que j'ai produit le moindre effort conscient pour qu'elles arrivent. Vous conviendrez que c'est plus simple dire Muse que "le mécanisme mental..."
Cette Muse est aussi envahissante qu'indispensable. Sans elle, point de fiction ! La plupart des auteurs que je connaisse sont pris d'assaut régulièrement par Muse, qui peut arriver sans crier gare à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Mais c'est elle qui nous donne la matière première de toute fiction : l'idée du récit. Nous sommes donc tenus de la traiter avec respect et de lui tendre l'oreille quand elle se manifeste. Si vous ne disposez pas de cette matière première, il vous sera très difficile de penser une histoire et, par voie de conséquence, d'avoir envie de la raconter. 

Il y a toutefois une chose au moins aussi importante que l'imagination pour écrire un récit : la maîtrise de la langue dans laquelle on s'exprime. Je ne parlerai pas ici de vocabulaire, déjà parce que chacun a le sien, mais aussi parce qu'il n'est pas indispensable de connaître tout le dictionnaire par cœur pour être un bon auteur. En revanche, vous ne pouvez pas vous offrir le luxe de cracher sur les bases de la langue que sont la grammaire et l'orthographe. Ne me dites pas que la grammaire vous barbe et vous a toujours barbé, ou bien que quand vous écrivez par SMS : "'lut miss, tkt sava trankill, bizz" on vous comprend quand même. 
Ici, on parle de littérature. Donc, de faire des phrases propres et construites selon les règles en vigueur, et d'orthographier correctement les mots que vous employez.
Vous n'êtes pas doué à ce petit jeu-là ? J'ai une bonne nouvelle pour vous : on apprend à tout âge ! Payez vous des Bescherelle et apprenez. Offrez vous Antidote, il corrigera une bonne partie de vos erreurs (attention, je n'ai pas dit "toutes vos erreurs". Aussi évolué que soit ce logiciel, il reste perfectible.)
Permettez-moi de vous confier un petit secret : plus jeune, je n'aimais pas la grammaire. En particulier ses termes barbares et ses formes les plus tordues. En revanche, je n'ai jamais été mauvais en orthographe. Quand je me suis mis à prendre la plume et à le faire avec soin et application, j'ai vite compris que mes lacunes en grammaire posaient quelques problèmes. Déjà à mes lecteurs, qui butaient sur mes fautes d'accord comme on se prend les pieds dans le tapis de la salle de bain le matin, quand il est un peu trop tôt. Ensuite à moi, qui n'osait plus m'aventurer trop loin dans les formes tarabiscotées, par peur de me rater. J'ai donc simplifié ma prose, presque à l'extrême, pour arriver à des phrases de type "sujet + verbe + complément." Croyez-moi sur parole, cette structure ne produit pas une littérature très riche et, encore moins, captivante.
J'ai donc pris mon courage à deux mains et me suis replongé sur le fonctionnement des accords. Sans être maître en ce domaine, je m'en sors maintenant correctement. Voilà qui me permet de varier mes structures et de ne plus avoir peur des inversions de sujet ou autres figures grammaticales qui permettent de varier les plaisirs.
Quand on écrit un récit, on s'adresse à un public. Peu importe que le lectorat se limite au conjoint, aux parents, à la tante qui vit  la campagne ou aux voisins, un lecteur est un lecteur. Le moindre des respects qu'on puisse lui témoigner, lui qui accepte de lire notre prose d'amateur, parfois hésitante et incertaine, c'est de lui proposer un récit dépourvu de fautes. À mes yeux, c'est une marque de politesse. Traitez-moi de vieux-jeu autant que vous voulez, je n'en démordrai pas.
Bien sûr, on a beau se relire attentivement, on laisse toujours passer des petites coquilles. Mais à la lecture, on ressent vite la différente entre un texte qui a été relu et corrigé, mais dont l'auteur n'a pas pu voir toutes les fautes et un texte qui n'a pas fait l'objet de la moindre attention. La densité de fautes à la ligne carrée n'est pas comparable ! Et je comprends la réaction de Magali, qui m'a fait remarquer que je n'avais pas aborder ce thème dans mon précédent article. Magali fait partie d'un comité de lecture. Elle reçoit des nouvelles à longueur d'année. Son rôle est de les lire, voir celles qui ont du potentiel ou pas, qui sont publiables ou pas. J'imagine qu'elle a autant de moments de plaisir, portée par un récit agréable, prenant et bien rédigé, que de moments de désespoir, engluée dans des lignes mal orthographiées, où les règles du français sont bafouées. 

Désolé pour ce long laïus sur l'orthographe et la grammaire, mais ça me tenait à cœur. 

Donc, que faut-il pour écrire une fiction ? De l'imagination et, pour résumer, une bonne dose d'investissement personnel. Écrire, se relire, se corriger, se faire lire, écouter les critiques - positives et négatives - prendre du recul, retravailler, améliorer, encore et encore jusqu'à ce que le récit soit satisfaisant. Ce sont des habitudes à prendre, des réflexes à acquérir.
Quand on est motivé, on s'y fait très vite. On peut même y prendre plaisir.
Dans le cas contraire, je pense qu'on passe vite à autre chose ;)

mercredi 20 mai 2015

Le don de l'écriture n'existe pas.

Hier, j'ai eu le plaisir de revoir un ami que je n'avais pas croisé depuis bien longtemps. Comme toujours, quand on se voit, on parle bouquins et SFFF. Il m'a confié que, voici quelques temps, il avait songé à se lancer lui aussi dans l'aventure de l'écriture. Pétri de références anglo-saxonnes, il avait alors décidé de chercher des plumes francophones, pour voir ce qui existait et comment ces auteurs s'en tiraient.
C'est alors que son enthousiasme a été soufflé par des gens de grand talent. Il s'est dit qu'il n'arriverait jamais à faire aussi bien et donc, a renoncé à son projet.

 Un des romans qui l'a marqué.
(crédits : moutons-electriques.fr)

Son aveu m'a fait réfléchir depuis hier. Une moitié de moi le comprend. L'autre s'arrache les cheveux, tape du poing sur la table et vitupère !

Pour ma part, je n'ai jamais développé de complexe par rapport à mes modèles en littérature. Pas parce que j'ai un égo démesuré, mais plus simplement que j'ai toujours pris soin d'éviter les comparaisons. Chaque plume est une voix, chaque voix est différente des autres, toute ont leur charme. La mienne vaut ce qu'elle vaut et je continue mon travail pour l'affûter, lui donner plus de lustre, de puissance. Elle ne sera jamais la même que celle d'un Stephen King, par exemple. Tant pis ? 
Non ! Tant mieux ! Un seul Stephen King sur cette planète est bien suffisant. À quoi servirait une copie, sinon à rappeler qu'il n'y a qu'un seul VRAI Stephen King ? 
Par contre, il est bienvenu de s'inspirer des grands auteurs, d'analyser leur plume, la façon dont ils font vivre leurs personnages et d'en tirer les leçons. 

Tout est dit !
(crédits : http://www.quickmeme.com)


Tout réside dans le travail. On ne naît pas auteur, on le devient. Les plumes que mon ami admire ne sont pas nées du néant, il leur a fallu du travail, du temps et des efforts pour devenir ce qu'elles sont. Au final, on peut dire que ces efforts n'ont pas été vains. Une des beautés de l'écriture est là : quand on s'investit, ça finit par payer. Il arrive même, dans des moments suaves, qu'on se relise et se dise "C'est pas mal ce que j'ai fait !"
Pourvu qu'on n'aie pas un égo démesuré, si on se prend à aimer sa propre plume, alors d'autres l'apprécieront aussi. Les lecteurs ressentent quand un auteur s'est fait plaisir en écrivant. C'est le première chose qui compte, la plus importante. Et sans doute la plus facile à acquérir. Tout le monde peut, potentiellement, s'éclater en écrivant une histoire. Bien sûr, cette passion à elle seule ne sera pas suffisante pour attirer les lecteurs, mais c'est la base indispensable, la fondation sans laquelle rien ne peut se construire.

Alors, à toutes celles et ceux qui hésitent à se lancer dans l'écriture, qui sont absolument convaincus qu'ils ne parviendront jamais à égaler leurs idoles, voici ce que vous propose : mettez vos doutes, vos questions et vos complexes dans un gros tiroir en métal fermé à clé. Puis, jetez la clé dans les profondeurs de l'oubli ou dans un wormhole quelque part au centre de l'univers. Le tout est de ne jamais la retrouver, parce que toutes ces choses ne servent à rien qu'à vous polluer la tête et vous freiner dans votre envie.

jetez tout ça là :)
(crédits : astronomytime.com)

Une fois cette tâche accomplie (et pas avant), lancez-vous, racontez l'histoire ou les histoires que vous voulez en ne pensant qu'à ça. Voyez quel effet ça vous fait.
J'insiste : tant que vous ne vous serez pas débarrassé de tout ce qui pollue votre esprit créatif, il n'y aura rien de bon à tirer de l'expérience de l'écriture. Juste des tirages de cheveux, des grincements de dents, des douleurs musculaires à force de serrer les poings et une bosse grosse déprime à l'arrivée.
En revanche, si vous pouvez vous lancer dans l'écriture avec l'esprit libre, en étant concentré sur ce que vous racontez, vous avez de bonnes chances de trouver ça exaltant, addictif et d'avoir hâte, chaque jour, de pouvoir reprendre la plume. 
Si vous n'obtenez pas cet effet, sans doute renoncerez-vous avant d'avoir achevé votre récit. Il n'y a ni honte ni mal à ça. 
En revanche, si vous vous êtes régalés, éclatés, vous savez que vous y reviendrez. Maintenant, vous pouvez vous demander comment faire pour rendre votre écriture plus agréable et qu'elle confère toute sa force à votre histoire. Si vous arrivez là, vous serez au début d'un très beau chemin : sinueux, vallonné, jonché d'obstacles, mais c'est aussi pour ça qu'on l'apprécie :)

 Le parcours d'un auteur ressemble un peu à ça. Joli, non ? ^^
(Cette route s'appelle la route des trolls, merci Nariel pour l'info ;)crédits : http://www.ridelust.com/the-world%E2%80%99s-most-dangerous-roads/



samedi 16 mai 2015

J'ai lu : Docteur Sleep par Stephen King.




Je ne dirais pas que ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un Stephen King, ce serait vous mentir. En revanche, ça faisait longtemps que je n'avais pas collé de plus ou moins près à l'actualité littéraire du Maître. La dernière fois, c'était pour Insomnies : sitôt trouvé en rayon, sitôt acheté, et presque sitôt lu. Bon, à l'époque, ma PAL était loin de me menacer d'ensevelissement.
Qu'est-ce qui m'a décidé pour Dr Sleep plutôt que 22/11/1963 ? Peut-être une simple question de format. Docteur Sleep est un pavé, 22/11/1963 une pierre de taille. Le dernier King un peu long que j'ai lu m'avait laissé une sensation de ventre mou, en plein milieu. J'avais un peu peur que ce soit à nouveau le cas.

Je vais tâcher de ne rien vous révéler sur les histoires et sous-histoires narrées par le Maître, parce que je m'en voudrais de vous gâcher le plaisir de la découverte de ce sublime roman. Car oui, ce roman est excellent, n'a aucun ventre mou et, quand on est plongé dedans, c'est comme s'il était aimanté à nos mains, magnétisant nos yeux. 

King a trouvé la méthode parfaite pour éviter les flashbacks et les Deus Ex : il raconte les moments de la vie de ses personnages qu'on a besoin de connaître dès le début, ce qui nous permet de nous familiariser avec eux tout de suite, de nous mettre à les apprécier ou à nous méfier d'eux et, surtout au début, de nous souvenir que le personnage de Dan Torrance vient d'un plus ancien roman intitulé The Shining. On entre ainsi peu à peu dans la vie de Dan, qui a survécu au même titre que sa mère. C'est un plaisir de le retrouver encore enfant, à peine plus vieux et King sait y faire pour nous rafraîchir la mémoire sans alourdir sa prose.



Peu à peu, les personnages se dévoilent. Les liens se créent en douceur, les années passent et le titre du livre nous est expliqué vers la fin du premier tiers. La lecture est toujours plaisante, le style de King, riche en verve et en images, fait mouche. Tout est fluide, on entrevoit ce qui va se dérouler, le lecteur se pose dans les starting blocks, prêt à l'accélération.

C'est à partir de là que le livre s'est rivé à mes mains. Jeudi dernier, vu que mon chat m'avait clairement signifié qu'il ne me laisserait pas écrire, je me suis mis à lire. Sur cette seule journée, j'ai dévoré un peu plus de 400 pages de ce roman (je l'ai lu en format poche, il en fait 760.) Partie après partie, chapitre après chapitre, j'étais en immersion dans le monde de King. Je voyais Teenytown et son petit train. J'imaginai les visages de Dan, Billy, du Docteur John - qui n'est pas le docteur sleep, c'est à peu près la seule information que vous tirerez de moi - d'Abra et de ses parents. Je voyais aussi très bien Rose Claque et tous les gens du Noeud Vrai. Et surtout, je vivais ce qu'ils vivaient avec une intensité exceptionnelle. Rarement livre m'avait autant agrippé par tous les atomes de mon être. 

King ne mise plus tant sur la peur et l'horrible qu'avant. Il joue aussi avec des sentiments plus doux, mais pas moins efficaces, bien au contraire. On s'attache tellement à ses personnages qu'on espère sincèrement qu'il ne leur arrivera rien d'atroce. Parce qu'on sait aussi, quand on a l'habitude de King, que s'il veut se lancer dans l'horrible, la torture et l'angoisse, il y arrivera sans mal !

L'histoire est à la fois prévisible dans ses étapes et sa progression globale - et aucun doute possible : c'est voulu - et en même temps, riche de rebondissements, de détails qu'on ne voit pas venir mais qui changent tout. Pourtant, tous les éléments sont là ! L'auteur nous a dit tout ce qu'on a besoin de savoir, aucun élément n'arrive à la dernière minute, en mode Deus Ex Machina. Non, on a tout. Mais on n'a rien vu venir quand même. 



Le seul bémol que je vais apporter à mon plaisir de lecture (très léger bémol, mais il existe quand même) concerne la fin. Je l'ai trouvée trop facile, en fait. C'est vrai que j'avais peur qu'il arrive malheur aux protagonistes auxquels je m'étais attaché. Mais si ç'avait été le cas, ça ne les aurait rendu que plus attachants encore ! Or là, il me semble que, malgré tout, ils s'en sortent avec un peu trop de facilité. Je ne dis pas que c'est une promenade de santé pour eux, mais de mon point de vue, ça aurait pu, ça aurait dû être un peu plus corsé.

N'en demeure pas moins que la fin fait du bien, King ferme les portes une à une, nous laisse avec des personnages grandis, enrichis, une page de leur vie se clôt quand d'autres se dévoilent. Il aurait matière à nous raconter encore d'autres histoires avec eux, s'il le souhaitait. J'ignore s'il le fera, mais le cas échéant, je les retrouverai avec plaisir.

Docteur Sleep est un roman maîtrisé, d'une fluidité peu commune, servi par un King qui a gagné en sensibilité sans sombrer dans la sensiblerie. Il sait toujours nous montrer les vies les plus belles mais aussi les plus poisseuses, nous emmener dans des univers glauques, malsains et nous les faire traverser sans qu'on perde leur parfum particulier. On vit ce roman plus qu'on ne le lit, on plonge dans son histoire tellement facilement que c'en est magique. Même si j'aurais aimé une fin plus corsée, plus hardue, ce n'est qu'un tout petit bémol accidentel et non sollicité au milieu d'une symphonie magistrale et envoûtante. 


Comme moi, ce chat est captivé !

À lire, tant pour ceux qui connaissent King que pour ceux qui ne le connaissent pas et souhaitent le découvrir. Et même si vous n'avez jamais lu ni vu The Shining, aucun problème, ça ne vous gâchera pas le plaisir. Je ne vois pas ce qui pourrait vous le gâcher, d'ailleurs !